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Edito: Se servir de l'Histoire, pas la zapper

Edito: Se servir de l'Histoire, pas la zapper

A Charleroi et dans ses environs, il n'y a pas de statues de Léopold II. Pas de bustes déglingués dans notre région, donc, par des activistes qui, en d'autres lieux, veulent ainsi manifester leur volonté de voir disparaître ce symbole du colonialisme. Et donc aussi symbole de souffrance pour les Congolais et les peuples noirs en général.

Mais il y a fort à parier que si des statues de l'ancien roi des Belges existaient, elles seraient aussi mises à mal.

Evidemment, la dramatique affaire du meurtre (il n'y a pas d'autre mot) de George Floyd par un policier de l'autre côté de l'Atlantique, est le déclencheur de cette vague iconoclaste. Et on peut comprendre l'envie générale de crier, d'une manière ou d'une autre sa révolte contre le racisme qui, hélas, a une fâcheuse tendance à se mondialiser. Et pas uniquement envers les noirs d'ailleurs. La faute à une société de plus en plus individualiste basée sur le repli sur soi et la crainte de perdre ses petits avantages.

Mais, pour autant, l'expression de cette révolte au travers de la destruction virale de statues à travers le monde (Christophe Colomb ou le général esclavagiste Robert Lee aux Etats-Unis, Léopold II et Baudouin chez nous, Colbert en France, Churchill(?) en Angleterre), est-elle le meilleur moyen de solder une histoire raciale souvent douloureuse qui trouve encore malheureusement écho en 2020?

Pas sûr. Et pour une raison bien simple. L'Histoire est ce qu'elle est. Avec ses moments de gloire et ses époques de honte. Mais elle ne peut être changée. Elle fait partie de ce que nous sommes. Elle nous construit. En dépit de ses avatars, de ses drames parfois terribles pour des peuples entiers. On ne peut, à aucun moment, éradiquer l'Histoire. Pas plus qu'on ne peut tenter d'éradiquer un peuple. 

Virer des statues de personnages qui ont précisément fait l'Histoire, c'est jeter un voile sur elle, comme si elle n'avait jamais existé. Or, c'est précisément aussi au travers de ces symboles que nous pouvons aussi nous rappeler et apprendre comment ne plus commettre les mêmes erreurs tragiques. Il faut se servir de l'Histoire, pas la zapper.

Sans quoi nous risquons de glisser dangereusement vers une dictature de la pensée unique qui élimine du regard tout ce qui dérange et tout ce qui fait, parfois, la petitesse, voire la bassesse de l'être humain. Or, nous avons aussi besoin de savoir que nous sommes minables et pathétiques...pour le devenir un peu moins.

Oui, Léopold II a du sang noir sur les mains. Tout comme Christophe Colomb a sur les siennes celui des indiens d'Amérique. Ou le Général Lee celui des travailleurs des champs de coton des Etats du Sud.

Mais pour le savoir, il faut qu'ils continuent à exister dans l'Histoire. Pas qu'on les raye des livres ou qu'on les dégomme de nos places publiques. 


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