Face aux canicules, la mortalité des animaux d’élevage augmente. Pour protéger leurs troupeaux, les éleveurs doivent adapter les prairies et les étables à une chaleur qui menace aussi l’avenir des exploitations.
La mortalité animale est en hausse depuis le début du mois de juillet. C’est le service d’équarrissage Rendac qui a révélé cette tendance : 13 000 animaux d’élevage ont été traités en une semaine, contre 9 000 en moyenne.
« Ce que l’on observe depuis quatre ou cinq ans, c’est que la Belgique doit davantage se préparer à la chaleur qu’au froid, prévient Léonard Theron, vétérinaire. La situation est en train de changer pour les animaux d’élevage, car les périodes réellement insupportables sont désormais les périodes chaudes, et non plus les épisodes de gel prolongé comme ceux que nous avons connus il y a quarante ans. »
Le taux de mortalité est en effet 24 % plus élevé durant les périodes de canicule. Les éleveurs doivent donc s’adapter en créant des espaces plus frais pour les bovins. La Wallonie est un territoire largement herbagé, à près de 50 %.
« On peut leur offrir un environnement plus résilient face à la chaleur, notamment en plantant des arbres à différents endroits. C’est la partie naturelle », propose le vétérinaire, également membre du bureau d’études RumeXperts.
Si les étables constituaient autrefois des remparts contre le froid, elles deviennent aujourd’hui des refuges contre la chaleur. « Les bâtiments devront eux aussi être plus résilients face à la chaleur. Cela signifie ouvrir les murs, limiter le passage de la lumière à l’intérieur et réduire les zones lumineuses dans les toitures. Ce sont les adaptations que l’on peut réaliser de manière naturelle. » Des ventilateurs peuvent également être installés.
Cet éleveur carolo remplit justement une bassine d’eau dans la prairie pour ses veaux. Ici, les arbres et les haies créent des zones plus fraîches. « J’ai de la chance, car j’ai encore de l’herbe dans mes prairies, se félicite Jacques. Cela s’explique par le fait que j’ai fauché tôt, à la fin du mois de mai. L’herbe a donc eu le temps de repousser. »
Jacques n’a subi aucune perte dans son troupeau, mais il reconnaît que les animaux souffrent lors des pics de chaleur. « Nous ne fermons jamais les portes : tout reste ouvert, ce qui permet de maintenir un courant d’air, même en hiver, précise l’éleveur. S’il fait trop chaud, les bêtes tombent malades. »
Les conséquences de ces épisodes caniculaires ne se limitent pas à la mortalité animale. Ils peuvent également affecter la qualité des produits, la santé des nouveau-nés et la fertilité. Sans vouloir être alarmiste, ces répercussions pourraient, à long terme, toucher directement le portefeuille des consommateurs.
« À long terme, si l’Europe ne parvient pas à maîtriser cette érosion agricole, nous rencontrerons d’autres problèmes, notamment en matière de souveraineté alimentaire. Lorsque celle-ci est menacée, quelle qu’en soit la cause, naturelle ou non, la responsabilité des gouvernants se mesure à leur capacité à protéger l’alimentation de la société », précise Léonard Theron.
Face aux canicules, les éleveurs doivent désormais composer avec une nouvelle réalité climatique, qui pèse autant sur les animaux que sur l’économie des exploitations.
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