Le service public wallon de transport en commun, Letec, a présenté mercredi le nouveau contrat de service public qui encadrera ses activités de 2024 à 2028.
Porté par le ministre wallon de la Mobilité François Desquesnes et la direction de l'opérateur, ce texte entend stabiliser le financement de l'entreprise tout en accélérant sa transformation vers un modèle plus autonome, plus performant et plus durable. L'ambition affichée est claire: augmenter significativement la fréquentation des bus, trams et métro en Wallonie.
Pour le gouvernement, la priorité est d'abord de sécuriser une trajectoire budgétaire jugée fragilisée par le recours, dans le précédent contrat, à des financements temporaires issus du plan de relance post-Covid. Le nouveau cadre prévoit dès lors une dotation régionale stabilisée et progressive, appelée à atteindre près de 900 millions d'euros par an à l'horizon 2028.
L'exécutif régional entend aussi renforcer l'autonomie de gestion de l'opérateur afin de lui permettre d'adapter plus rapidement son offre. Cette flexibilité doit notamment favoriser le développement du transport à la demande en zones rurales, ainsi qu'une meilleure desserte des parcs d'activités et des sites touristiques. Le contrat insiste également sur le renforcement des correspondances avec le rail, en particulier via les gares de taille moyenne.
Le texte prévoit par ailleurs de concentrer les moyens sur une série de projets jugés prioritaires, dont l'achèvement du métro de Charleroi et le développement de lignes structurantes de tram et de bus dans la région liégeoise, tandis que certains investissements seront reportés afin d'éviter la dispersion des ressources.
Pour Jean-Michel Soors, administrateur général de Letec, ce nouveau contrat s'articule autour de douze chantiers regroupés en trois grands axes : "partenaire de la mobilité", "opérateur performant et responsable" et "opérateur modèle en matière de développement durable". "Derrière cette structuration", explique-t-il, "l'enjeu central reste l'adéquation entre l'offre et les besoins réels des usagers". "Cela signifie concrètement qu'on va devoir travailler davantage sur l'offre, qu'elle soit mieux adaptée par rapport aux besoins."
Sur le plan économique, le contrat fixe une trajectoire d'économies d'environ 20 millions d'euros d'ici 2029, soit un peu plus de 2% du budget global. Dans le même temps, le taux de couverture des coûts par les recettes propres doit passer de 10% à 14%. Une évolution qui traduit une volonté d'accroître la contribution des usagers au financement du système, sans que celle-ci repose uniquement sur une hausse tarifaire. "Il y aura une augmentation tarifaire, ça c'est presque inévitable, mais on va aussi lutter contre la fraude et travailler sur la fréquentation", précise Jean-Michel Soors. "L'idée est de compenser une partie de cette évolution par une hausse du nombre de voyageurs et par des gains d'efficacité interne, afin d'éviter une hausse proportionnelle des prix", continue le ministre wallon de la Mobilité.
L'offre globale n'est pas appelée à diminuer. L'opérateur évoque toutefois un "recalibrage" d'environ 2%, correspondant à l'écart entre une offre théorique et la capacité réelle d'exploitation constatée en 2024. "Nous assurions 98% de l'offre, mais cela signifiait parfois des bus qui ne passaient pas, avec un impact négatif sur la fiabilité", explique l'administrateur général.
Ce réajustement ne devrait pas entraîner de suppressions majeures de lignes ou de terminus, mais plutôt une adaptation progressive de l'offre aux besoins évolutifs des territoires. "Il y aura des modifications, mais pas de disparition évidente de gares ou de terminus", insiste Jean-Michel Soors.
La transformation du modèle passe également par une politique de décarbonation assumée. Le gouvernement confirme le choix d'une électrification complète de la flotte, avec une trajectoire visant une flotte totalement décarbonée à l'horizon 2045. Les solutions intermédiaires reposant sur des carburants alternatifs sont écartées au profit d'une transition directe vers l'électrique.
Enfin, plusieurs mesures touchant directement les usagers sont annoncées ou envisagées, dont la modernisation de la billettique, la généralisation du paiement numérique et la simplification des abonnements, ainsi que la mise en place d'un système de service garanti en cas de grève. Certaines gratuités spécifiques, notamment pour certaines catégories professionnelles, seront également supprimées.
Avec ce nouveau contrat, le gouvernement wallon et Letec entendent enclencher une nouvelle phase de transformation, fondée sur un équilibre entre discipline budgétaire, adaptation de l'offre et transition écologique, dans l'objectif affiché de rendre les transports publics plus attractifs que la voiture individuelle.
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