Le gouvernement wallon veut encourager la fusion des communes d’ici 2030, avec un cadre simplifié et des incitants financiers. Mais dans la région de Charleroi Métropole, les élus restent prudents et privilégient la collaboration
Fin mai, le gouvernement wallon a adopté en première lecture un avant-projet de décret visant à faciliter la fusion des communes. L’objectif est clair : encourager les rapprochements volontaires d’ici les élections communales de 2030, grâce à un cadre plus lisible et des incitants financiers.
L’idée peut séduire sur le papier : mutualiser les moyens, simplifier la gestion et renforcer le poids des communes. Mais dans les faits, plusieurs élus locaux ne se montrent pas convaincus. À Lobbes, le bourgmestre insiste sur l’importance de préserver l’identité locale. « On est en train de mettre en place des synergies et de mutualiser certaines missions avec d’autres communes. Mais cela doit rester sur base volontaire. On a notre identité, notre territoire qui est propre », explique Steven Royez (Les Engagés).
Même prudence du côté de Charleroi. Le bourgmestre Thomas Dermine (PS) défend davantage une logique de coopération que de fusion : « Je pense qu’on doit avancer vers une logique de métropole et de réflexion sur des mises en commun, sans nécessairement aller vers une fusion. »
Un incitant financier jugé insuffisant
Pour encourager les communes à franchir le pas, la Région prévoit un bonus de 500 euros par habitant. Un levier financier qui, là encore, ne fait pas l’unanimité. « Toutes les communes sont dans une situation financière compliquée. Mais est-ce que la fusion est nécessairement l’outil le plus efficace ? Je me permets d’en douter », souligne le bourgmestre de Charleroi. Même constat à Lobbes, où l’on insiste sur les besoins de financement, indépendamment d’une éventuelle fusion. Les communes « ont besoin d’argent pour pouvoir investir », rappelle le bourgmestre.
À cela s’ajoute un contexte chargé. Entre les réformes en cours et les incertitudes institutionnelles, certains élus pointent un timing délicat. À Beaumont, le bourgmestre Bruno Lambert (Les Engagés) évoque notamment les projets d’intégration des CPAS ou encore les débats autour de l’avenir des provinces, autant de changements qui pourraient encore alourdir la charge des communes.
Un cadre encore perfectible
L’avant-projet de décret prévoit pourtant plusieurs adaptations : simplification administrative, maintien de certains éléments symboliques ou encore harmonisation des règlements. Des avancées jugées positives, mais encore insuffisantes. « Nous aimerions participer aux discussions. Les municipalistes sont les mieux placés pour apporter leur pierre à l’édifice, et ne pas devoir accepter un modèle tout fait », estime le bourgmestre de Beaumont, qui appelle à davantage de concertation.
Autre point sensible : la représentation politique. Une fusion pourrait entraîner une diminution du nombre d’élus, un élément qui complique les discussions. Dans ce contexte, les communes semblent privilégier une autre voie : celle de la collaboration. « Fusion, c’est non. Collaboration, c’est oui », résume le bourgmestre de Lobbes, qui plaide pour davantage d’outils régionaux afin de faciliter les synergies. Un constat partagé à Charleroi, où l’on préfère renforcer les coopérations entre communes, qu’elles soient petites ou situées autour du cœur urbain.
Si des discussions existent en coulisses entre certaines entités, elles n’ont pas encore abouti. À court terme, la carte communale ne devrait donc pas évoluer. Mais une chose est sûre : les collaborations, elles, devraient continuer à se développer.
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