Pont-à-Celles : "La tête dans les salades" du bio et du local par conviction (vidéo)

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"La tête dans les salades" c’est un projet de maraîchage bio démarré en 2016 à Pont-à-Celles par Julie Muller et son compagnon Benoit Pellegrin. A l'heure où l'Europe veut relancer l'agriculture de masse, mettant ainsi son Pacte vert en suspens, nous avons voulu savoir comment réagissaient ce couple qui a fait de l'agriculture bio, sa "petite révolution" personnelle.

Julie Muller et Benoit Pellegrin ont fait le choix, il y a quelques années, de se lancer dans un métier difficile, la culture de fruits et de légumes 100% locale et bio. Un choix que Julie et son compagnon ont voulu jusqu'au-boutiste.

« Nous partons toujours de la graine, nous faisons nos propres semis, pour être sûr de travailler avec des variétés anciennes et d’oeuvrer à l'autonomie semencière. On va même plus loin que le cahier des charges bio. On n’utilise pas de bouillie bordelaise par exemple, on ne met même pas ce qui est autorisé en bio. »

Pour le couple, le bio s'est imposé comme une évidence. Préserver une biodiversité et la terre, proposer des produits de qualité faisait presque partie de leur ADN. Benoit a été formé au Forem en maraîchage bio et il n'en démord pas, si l'on veut que ça change, il faut mettre la transition en pratique.

Le bio ça se mérite

Il y a des contraintes dans le bio. Par exemple,l'absence d'engrais ou de pesticides, signifie plus de travail pour l'agriculteur.

« La grosse contrainte c’est la charge de désherbage. C’est plus de travail. Et puis nous avons un cahier des charges à respecter, oui, il faut des graines, du terreau bio et tout ça est contrôlé régulièrement. »

Tout cela sans que ce surcroît de travail ne se répercute sur le prix de vente, insiste Julie.

« Si on devait le faire, ce serait impayable. Nous essayons de rester dans des prix corrects. Nous essayons de nous aligner sur les prix dans les supermarchés et on est parfois moins chers qu'eux. Car les grandes surfaces trichent et n'affichent que le prix au détail. Au kilo nous sommes parfois en dessous de leurs tarifs. »

Aujourd'hui, l'industrie alimentaire sort du bois, avec la crise énergétique conséquence de la guerre en Ukraine, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les prix risquent bien de flamber et certains produits vont venir à manquer. Pour Benoit, la solution face à cette inflation est de faire confiance aux producteurs locaux.

« A l'heure actuelle, on est déjà moins cher que dans les grandes surfaces et les produits vont encore augmenter. Chez les petits producteurs que je connais, on n'augmentera pas les prix de cette manière, en tout cas pas de manière aussi significative. »

Il faut dire que l'exploitation de Pont-à-Celles, n'a pas que la tête dans les salades. Julie et Benoit ont su diversifier leur activité et vendent les fleurs et les mini pousses de leur jardin aux restaurateurs locaux. Ce qui leur assure une rentrée d'argent fixe et leur permet de rester à flot, aussi bien pour eux que pour leurs clients réguliers.

La suspension du pacte vert européen, une catastrophe !

L'Europe travaille depuis quelques années sur le Plan Bio 2030 qui vise à convertir 30% de la surface agricole utile en bio d’ici à 2030. 

Un programme d'aide aux États membres et aux agriculteurs en transition par la promotion de la production biologique, la prévention de la fraude et l'innovation dans les engrais et la sélection des plantes.

Depuis la guerre en Ukraine, des voix s'élèvent pour un retour à une agriculture de masse afin de pouvoir assurer les besoins des consommateurs.

Une fausse bonne idée, pour nos agriculteurs, qui n'ont pourtant d'autres ambitions que de rester les petits Poucet de l'Europe.

« C'est Catastrophique ! La France essaie de détricoter tout ce qui a été fait par l’Europe depuis des années. Cela va peut-être résoudre le problème à court terme, mais à long terme,ce n'est pas possible. Il suffit de se référer aux différents rapports du Giec. Il faut aussi replacer ces propositions dans le contexte géopolitique. En France les élections approchent. Le pays a été le grenier de l’Europe et a perdu sa place au profit de l’Ukraine. C'est la France toujours qui a la présidence de l’Union Européenne, donc ce n’est pas clair. »

Les Eurodéputés au créneau

Cela n'en reste pas moins une mauvaise idée, c'est en tout cas ce que pensent certains eurodéputés, des belges notamment, à l'origine de propositions de soutien au secteur bio.

Ils proposent de :

  • stimuler la demande de produits bio,
  • allouer une partie du budget de la Politique agricole commune pour la conversion vers le bio. A l’heure actuelle, environ 1,8% de la PAC est consacré au soutien de l’agriculture bio
  • favoriser les approches nationales voir régionales. Les terres agricoles consacrées à l’agriculture bio varie considérablement d’un Etat membre à un autre, voir même à l’intérieur d’un pays. L’Autriche par exemple consacre 26% de ses terres à l’agriculture bio, contre 0,5% à Malte et 7% en Belgique (91% des terres bio cultivées en Wallonie, 9% en Flandre)

Cette volonté de l'Union européenne de retourner à une agriculture industrielle de masse, est surtout ressentie comme un non-sens sur le terrain.

« C’est aussi venir mettre le flou dans la tête des gens. on travaille sur l’importance du bio, on sent que c’est en train de changer dans la tête des gens et là, ils viennent mettre le doute en quelques semaines. »

En Wallonie, le bio a de plus en plus la cote

Les dépenses en produits alimentaires bio des ménages wallons ont atteint 418 millions d’euros en 2020 (+ 113 % par rapport à 2015), soit 4,9 % des dépenses alimentaires totales des ménages wallons. Une belle progression.*

Les wallons achètent les produits dans la grande distribution et les magasins spécialisés, ces derniers grappillant de plus en plus de part de marché sur les grandes surfaces au fil des années. Preuve s'il en fallait une que les consommateurs sont de plus en plus attentifs à ce qu'ils achètent et où ils achètent.

"Les prix vont augmenter en fruits et légumes, parce que le diesel coûte plus cher, parce que les frigos ça consomme beaucoup et les gens qui cultivent en serre vont aussi devoir répercuter leurs frais énergétiques sur le prix de vente. Certains producteurs ont déjà fermés leurs portes en Hollande faute de ne plus pouvoir payer leurs charges énergétiques."

Pour les agriculteurs wallons, de nombreuses associations existent dont Biowallonie, le tout est d'avoir le réflexe de se tourner vers elles.

« je pense que la wallonie est pionnière et nous sommes soutenus par la région wallonne. Je peux décrocher mon téléphone quand je veux et appeler BioWallonie, j’aurai une réponse. »

 

Voir ou Revoir aussi notre magazine biovillages de septembre 2019 qui était à Pont-à-Celles au milieu des serres de "La tête dans les salades" :

https://www.telesambre.be/bio-villages-septembre-2019

 

 

 

 

 

 

 

L.E.

* http://etat.environnement.wallonie.be/contents/indicatorsheets/MEN%206.html

Crédit musique sur notre vidéo :

Music from Uppbeat (free for Creators!) : http://uppbeat.io/t/hartzmann/sunny License code: B6W6JDDY6WWJZCSX

Music from Uppbeat (free for Creators!): http://uppbeat.io/t/sky-gienger/gently License code: WLTQPX4IA41MSMCH

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