Le nombre de détenus contraints de dormir à même le sol dans les prisons belges a atteint un total de 672, un nouveau record, ressort-il lundi des chiffres les plus récents de l'administration pénitentiaire.
En Wallonie, on recense 254 détenus contraints de dormir par terre : 41 à Marche (dont trois femmes), 36 à Leuze, 34 à Mons (dont cinq femmes) et 30 à Tournai. Les prisons de Namur (29), Nivelles (25), Jamioulx (23), Arlon (19), Lantin (14) et Huy (3) sont également confrontées à cette problématique.
En Flandre, 364 prisonniers ne bénéficient pas d'un véritable lit. Dix établissements sont concernés avec Anvers en tête (69), devant Termonde (59), Ypres (47), Hasselt (45) et Gand (41).
En Région bruxelloise, 54 détenus passent la nuit au sol à la prison de Haren.
Ces chiffres sont publiés une semaine après que le syndicat socialiste ACOD (CGSP) a assigné le gouvernement fédéral en justice en raison des conditions de détention dégradées et de la surpopulation structurelle dans les prisons belges. Selon le syndicat, la situation est intenable tant pour les détenus que pour le personnel.
La population carcérale totale s'élève désormais à 13.690 détenus, répartis dans les 39 prisons du pays, alors que la capacité maximale de l'ensemble des établissements pénitentiaires est fixée à 11.098 personnes.
Le cabinet de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), reconnaît l'urgence de la situation. "Comme ces dernières semaines, des contacts et des discussions ont également eu lieu aujourd'hui (lundi, NDLR), et nous continuons à travailler en vue d'un accord sur les mesures proposées", précise-t-il à l'agence Belga.
La ministre renvoie à une série d'interventions structurelles déjà en cours ou prévues. Ainsi, des cellules seront rénovées, des unités modulaires seront installées et certaines prisons plus anciennes resteront ouvertes plus longtemps. L'an prochain, la nouvelle prison d'Anvers ouvrira ses portes et des maisons de détention supplémentaires seront prévues.
Le ministère mise également sur un retour plus rapide des détenus en situation irrégulière. Des pistes à l'étranger sont aussi explorées. Des délégations se sont récemment rendues au Kosovo et en Albanie, alors que le gouvernement fédéral envisage de louer ou de construire une prison à l'étranger pour les personnes condamnées qui sont en situation irrégulière sur le territoire belge.
La directrice des établissements pénitentiaires lance un dernier appel au gouvernement
Dans une lettre ouverte adressée mardi au gouvernement fédéral, Mathilde Steenbergen, directrice des établissements pénitentiaires, appelle à une action rapide face à la surpopulation carcérale. "Nous incarcérons 2.600 personnes de plus que ce pour quoi le personnel est prévu. Chaque mètre carré est occupé. Le système craque de toutes parts."
Désormais, 672 détenus sont contraints de passer la nuit au sol, un chiffre record. "Ces derniers mois, nous avons tiré la sonnette d'alarme (...). Non pour nous plaindre, mais pour (…) éviter que le système ne s'effondre. Pour éviter qu'il n'y ait des morts. Car ce risque est aujourd'hui bien réel", prévient-elle.
Selon Mathilde Steenbergen, les mesures d'urgence actuellement en place ne permettent pas d'alléger la pression sur les prisons. "Des moyens supplémentaires pour construire et rénover sont nécessaires, mais ils sont loin d'être suffisants. Les choix structurels font défaut", déplore-t-elle. À l'approche des fêtes, elle espérait "pouvoir offrir une lueur d'espoir aux agents, ainsi qu'aux personnes détenues. Pas du luxe. Pas de fanfares. Juste un signal: cela nous importe".
Elle rappelle que "travailler en prison signifie être confronté chaque jour à des choix impossibles". "Les agents n'ont d'autre option que de piétiner la loi. Ils doivent enfermer des personnes dans des conditions qu'ils jugent eux-mêmes inhumaines", souligne-t-elle, appelant les responsables politiques à "ne pas détourner le regard" et à "faire preuve du courage nécessaire pour inverser la tendance".
La directrice des établissements pénitentiaires estime qu'il est nécessaire d'incarcérer moins, mais mieux. "Beaucoup d'entre nous s'accrochent obstinément à l'illusion selon laquelle une peine n'est jamais assez sévère. Que seule 'la ligne dure' serait efficace. Cela sonne viril, mais ne produit guère plus qu'un faux sentiment de sécurité".
La population carcérale s'élève à 13.690 détenus, alors que la capacité de l'ensemble des établissements pénitentiaires est de 11.098 places.
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