À Thuin, la décision de remplacer des pavés naturels par de la résine au pied du beffroi classé à l’UNESCO suscite la controverse. Les enjeux sont nombreux et le débat divise élus, riverains et défenseurs du patrimoine.
C’est un pavé dans la mare qui éclabousse le beffroi de Thuin. Une demande de permis visant la réhabilitation du revêtement au pied du beffroi a été introduite par le SPW. Le projet prévoit de remplacer les pavés en pierre naturelle d’une portion de la RN59 par des pavés en résine. « Il y a toute une série de contraintes mises en avant depuis des années, notamment par le SPW qui porte le permis », rappelle Rachel Sobry, la bourgmestre de Thuin. « Parmi elles, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée pour poser du pavé naturel, et l’impossibilité de garantir sa durabilité. Donc si c’est pour retrouver les mêmes trous dans quelques années, ça n’en vaut pas la peine. »
Le beffroi de Thuin, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999 parmi les 56 beffrois de Belgique et de France, se retrouve au cœur d’un débat sensible. Pour l’opposition, le risque est clair: que cette reconnaissance soit remise en cause.
« J’entends la bourgmestre dire que la pose de pavés naturels serait une catastrophe pour les commerces, ok. Mais si demain ce sont des pavés en résine, artificiels, est-ce que cela ne nuira pas au caractère authentique de notre cité ? » s’interroge le conseiller communal Fabian Pacifici.
Sur le plan pratique, la différence est là: six mois de chantier pour des pavés naturels, contre deux fois trois semaines avec des pavés en résine. Mais pour l’ASBL Historia, la question du choix ne se pose même pas.
« Quand le pavé est bien posé, l’entretien est bien moins coûteux que pour du synthétique. C’est prouvé par plusieurs études », affirme Virgil Declercq, président de l’association. « Économiquement, c’est plus intéressant, et en période de chaleur, les pavés naturels font baisser la température, contrairement aux résines, qui peuvent même dégager des substances toxiques. »
Contacté, le cabinet de la ministre wallonne du Patrimoine, Valérie Lescrenier, assure :
« Il n’est en aucun cas question de déclassement. La portion de route concernée ne se situe pas dans le périmètre classé, et le projet ne nécessitait donc pas d’avis patrimonial. (...) L’UNESCO n’envisage pas à ce stade de placer le beffroi sous surveillance, mais il reviendra à l’Agence wallonne du Patrimoine d’engager un dialogue avec la Ville de Thuin. »
La décision finale revient au fonctionnaire délégué. Pour Rachel Sobry, le classement du beffroi n’est pas menacé.
« Qu’il y ait du pavé en résine ou naturel ne suffit pas à porter atteinte de manière permanente et irréversible au beffroi lui-même. »
L’ASBL Historia, elle, restera attentive à la suite du dossier.
Les enjeux sont clairs: économiques, écologiques, mais surtout politiques.
Du haut de ses 64 mètres, le beffroi en a connu des changements. Mais force est de constater qu’il regarde aujourd’hui les traces du passé céder peu à peu à celles du progrès, parfois en trompe-l’œil.
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