Un groupe de jeunes amis s'est replongé lundi dans les instants qui ont suivi l'accident de Strépy-Bracquegnies le 20 mars 2022. Ils ont décrit leur incompréhension après le choc avec la voiture de Paolo Falzone et la longue recherche des survivants.
Certains ont été blessés, tous parlent de conséquences psychologiques durables. "Les côtes sont réparées, mais la tête, c'est différent", explique l'un d'eux.
Le matin du 20 mars, le groupe d'élèves du secondaire participe au ramassage folklorique aux côtés de la société "Les Boute en train". "Tout allait bien, c'était vraiment la fête", raconte une témoin. Entre préparation des Gilles et feux de Bengale après deux années sans carnaval à cause de la pandémie, "c'est un moment magnifique", confirme son ami.
Dans la rue des Canadiens, le lieu de l'accident, un troisième membre du groupe se trouve en début de cortège avec son père, qui fait le Gille. "C'était mon premier ramassage et je voulais voir comment ça se passait", explique-t-il.
Une première voiture arrive alors en face du groupe, à faible allure, et l'oblige à se scinder. "Je me suis retrouvé sur le trottoir de gauche, les Gilles à droite de la rue", détaille le participant au carnaval. "Ensuite, le cortège s'est remis en place, mais plus éparpillé qu'au début. Ce n'était plus un bloc complet. Si cette voiture n'était pas passée, j'aurais aussi été une victime physique."
Le véhicule de Paolo Falzone déboule dans la foulée et percute le cortège à plus de 100 km/h. Le témoin se souvient d'une "scène de guerre", comme beaucoup d'autres personnes qui ont décrit les faits lors du procès. "Des personnes par terre, du sang partout, des gens qui crient, qui hurlent."
Le jeune homme retrouve son père, "un peu sonné", et se précipite à l'arrière du cortège où se trouvaient ses amis. Une membre du groupe est consciente, mais dit qu'elle ne sait plus bouger. Son petit ami de l'époque gît une dizaine de mètres plus loin, blessé à la tête. "Je l'appelle, mais il ne répond pas, il gémit", explique-t-il. "J'essaye de le maintenir éveillé, c'était un moment très compliqué. Je ne savais même pas d'où le sang sortait."
Une autre amie se rappelle uniquement d'un "bruit énorme" avant de perdre connaissance. "Quand je me suis réveillée, tout le monde était au sol, les secours arrivaient." Blessée sur le côté gauche, notamment à l'épaule, elle évoque un chaos avec "des chaussures sur les toits des maisons", "des corps empilés".
Victime d'une commotion, le quatrième de la bande n'est pas en mesure de retracer les événements à cause d'un "black out". "Je n'ai rien entendu, rien vu. Je ne sais pas si j'ai été touché par la voiture, mais j'ai été propulsé." Il a néanmoins "des flashs, des images qui reviennent". "J'ai l'image d'une personne qui essaye de faire un massage cardiaque. Et une autre image qui me hante, c'est mon ami au milieu d'une flaque de sang."
Les conséquences, aujourd'hui, sont surtout mentales et émotionnelles, témoigne-t-il. "Le côté physique, je dirais qu'on s'en fout, c'est plus le côté psychologique qui est touché dans des moments pareils."
"Ce jour-là, il ne nous a laissé aucune chance", déclare une victime à la barre
À la barre, des proches des victimes ont livré des témoignages bouleversants sur cette matinée de carnaval qui devait marquer le retour des festivités après la pandémie de Covid-19.
Angela, amie et collègue de Michelina "Micheline" Impériale, a raconté avoir invité cette dernière, son époux Vito "Mario" Cascarano et son frère Salvatore à participer au ramassage. Les amis, qui avaient pour habitude de séjourner quelques jours chaque année en Alsace, étaient tous contents de se retrouver pour faire la fête, après des mois de confinement.
Après l'impact, la témoin se souvient de visages déformés et de corps mutilés. Parmi les victimes, Michelina, sa collègue, qu'elle n'avait pas reconnue. Son corps était comme désarticulé, dit-elle. Michelina, Vito et Salvatore sont décédés ce matin-là.
La témoin a expliqué avoir repris le travail dès le lendemain, malgré le choc et l'absence de sa collègue. "Michelina était le pilier du service", a-t-elle confié, disant ressentir depuis quatre ans une profonde culpabilité d'avoir invité ses amis ce matin-là.
Maria, autre membre du groupe d'amis, a décrit une scène "de guerre". Placée à l'arrière du cortège, elle a entendu "un boum, comme un feu d'artifice" avant de voir "des gens s'élever jusqu'aux corniches" et "des corps partout". "J'ai assimilé cela à vingt strikes en même temps sur vingt pistes de bowling", a-t-elle relaté.
La témoin a indiqué avoir d'abord cru à un attentat terroriste. Encore traumatisée, elle dit ne plus supporter le bruit des feux d'artifice ni conduire normalement. "Ce jour-là, il ne nous a laissé aucune chance", a-t-elle lancé à propos du conducteur de la BMW. Elle se demande pourquoi il n'a pas klaxonné ou fait des appels de phares, comme il avait l'habitude de le faire pour signaler son arrivée, alors qu'il circulait à toute vitesse.
Paolo Falzone est accusé de sept meurtres et de 81 tentatives de meurtre. Antonino Falzone est poursuivi pour ne pas avoir apporté son aide à une cinquantaine de personnes en danger.
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