Crocefissa, surnommée "Fifa", a livré mercredi un témoignage particulièrement émouvant devant la cour d'assises du Hainaut, dans le cadre du procès du drame du carnaval de Strépy-Bracquegnies.
Appuyée sur une béquille, l'ancienne couturière de 62 ans est venue raconter les lourdes séquelles physiques et psychologiques qu'elle conserve depuis les faits du 20 mars 2022.
La sexagénaire s'est retrouvée encastrée dans le pare-brise la BMW qui avait terminé sa course rue Aubry après avoir percuté un groupe de Gilles et de musiciens rue des Canadiens, faisant sept morts. "Je suis la dame dont parle Paolo", a-t-elle déclaré à la barre.
Hospitalisée à deux reprises, notamment après une nouvelle intervention en février 2023, Crocefissa explique avoir longtemps souffert d'amnésie à la suite du drame. "Mon seul souvenir est le dernier jour de mon hospitalisation à Soignies", a-t-elle confié. Transférée ensuite à l'hôpital de Jolimont, elle y a subi plusieurs opérations aux jambes. "Le médecin a réopéré ma jambe gauche. Je suis restée immobilisée durant huit semaines. Ensuite, il a dû réopérer ma jambe droite", a-t-elle expliqué.
Plus de quatre ans après les faits, sa rééducation est toujours en cours. La victime éprouve encore des difficultés à monter ou descendre des escaliers et souffre de douleurs persistantes à la jambe gauche. Le haut de son tibia n'est toujours pas consolidé et une greffe osseuse doit encore être pratiquée. "Dépendre des autres me fait me sentir diminuée. Je n'accepte pas cette étiquette d'handicapée", a-t-elle déclaré, précisant pouvoir compter sur le soutien quotidien de sa sœur.
L'ancienne couturière a également décrit une existence profondément bouleversée. "J'ai tout perdu", a-t-elle résumé. Durant trente-cinq ans, elle travaillait dans la location de costumes de Gilles, un métier qu'elle considérait comme "une passion" et qui lui permettait de tisser des liens sociaux. "Aujourd'hui, je suis coincée dans mon divan à regarder la télévision, à faire des mots croisés. Je n'ai plus de contact avec personne", a-t-elle confié.
Avant l'accident, Crocefissa pratiquait encore la gymnastique, le jogging et la natation. Malgré l'émotion, elle a néanmoins conservé une pointe d'humour, racontant qu'elle interdisait autrefois aux Gilles de prendre du poids.
Très émue, elle a également rendu hommage à Salvatore Impériale, décédé, qu'elle considère comme son sauveur. "C'est grâce à lui, parce qu'il était plus grand que moi, que je suis en vie", a-t-elle déclaré. Elle a enfin remercié le service d'accueil aux victimes qui l'accompagne durant le procès. "Il y aurait tant de choses à dire, mais ça ne vient pas", a-t-elle conclu.
À l'issue de son témoignage, Antonino Falzone lui a adressé quelques mots. "Il n'y a pas un jour sans que je pense à vous. Je regrette de ne pas être resté près de vous. Quand je vois les vidéos, je ne me reconnais pas. J'espère qu'un jour vous me pardonnerez", a-t-il déclaré.
"Je n'ai pas le courage de vous remercier : claquer la porte, me secouer, prendre votre veste… ce n'est pas une réaction humaine", lui a répondu Crocefissa.
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