Au premier jour du procès Falzone devant la cour d'assises de Mons, l'auteur de l'accident mortel survenu lors du carnaval de Strépy-Bracquegnies le 20 mars 2022 a juré n'avoir jamais voulu tuer quelqu'un.
Avant le drame, l'accusé consomme "deux ou trois" verres de whisky dans une discothèque près de Mons. Sur le chemin du retour vers La Louvière, il accélère fortement. Au volant de son "bébé", une BMW louée via la société de sa mère, il traverse l'agglomération de Maurage à vive allure et se dirige vers la rue des Canadiens à Strépy-Bracquegnies, où le cortège des Gilles vient de sortir.
La voiture s'arrête brièvement, environ deux minutes. Paolo Falzone enclenche le mode sport, monte le volume de la musique au maximum, allume le plafonnier pour enregistrer une story et impressionner ses abonnés. Puis, il repart à toute vitesse.
Il s'engage ensuite dans la rue des Canadiens où la vitesse est limitée à 50 km/h. La route est droite, bien éclairée. D'après l'expert, le cortège était visible à près de 200 mètres. Malgré la présence de plusieurs îlots directionnels, il pousse son véhicule à plus de 170 km/h, maintenant l'accélérateur enfoncé jusqu'à trois secondes avant le premier impact. À cet instant, il ne regarde pas la route, mais son téléphone. Il est 05h05 et 38 secondes. L'horreur se déchaîne. Les expertises sont accablantes, dépassant la notion de simple accident.
"Vous avez décidé d'accélérer face à un mur de piétons", lance la présidente. Paolo Falzone craque. En larmes, il déclare: "J'ai fait trop de mal autour de moi". Il affirme avoir freiné de toutes ses forces, "avec les deux pieds". Un gille se retrouve sur le capot, puis chute. La BMW redémarre et roule sur lui avant de s'arrêter un kilomètre plus loin. Paolo Falzone déclare n'avoir rien vu, rien senti.
Il confie avoir été profondément choqué par les images. Il assure ne pas avoir imaginé la présence de piétons sur la route. "Jamais je n'ai voulu tuer quelqu'un, je le jure!"
Paolo Falzone est poursuivi, devant la cour d'assises du Hainaut, installée au Lotto Mons Expo, pour sept meurtres et 81 tentatives de meurtre.
Lundi, l'accusé a évoqué sa famille soudée, ses origines italiennes et son attachement à sa famille. Peu investi à l'école, il s'oriente vers la maçonnerie sans poursuivre, puis enchaîne divers emplois, notamment voiturier et chauffeur-livreur, développant un goût marqué pour les voitures et la conduite.
Ses relations amoureuses, décrites par plusieurs ex-compagnes, dressent le portrait d'un homme très attaché à sa voiture, parfois colérique et adepte de la vitesse. Il reconnaît certains comportements mais en conteste d'autres.
Titulaire du permis de conduire depuis 2006, Paolo Falzone a écopé de plusieurs amendes pour diverses infractions au code de la route : ceinture non bouclée, vitesse inadaptée, ivresse au volant… Il a été déchu plusieurs fois de son permis de conduire, devant le repasser à plusieurs reprises.
En mai 2019, il prend possession d'une BMW, louée via la société de sa mère. Il s'agit d'un véhicule haut de gamme décrit par son entourage comme "son bébé". Dans la foulée, l'accusé commet encore d'autres infractions en matière de roulage avec cette voiture, roulant à plus de 100 km/h dans des zones limitées à 50 km/h. "Je me sentais supérieur, je me sentais invincible", dit-il.
Le trentenaire reconnait avoir alimenté, à plusieurs reprises, ses réseaux sociaux pour partager ses excès de vitesse et sa conduite dangereuse. Nonante-sept vidéos de son véhicule, dont la puissance a été gonflée, ont été diffusées entre sa prise en main et l'accident. Son "bébé" est devenu "sa petite bombe".
Il se filme en roulant à très grande vitesse. "Je n'étais pas conscient du danger à ce moment-là", dit-il. Il recherchait alors "un sentiment d'être au-dessus des autres".
Son passager, Antonino Falzone, convoyeur de la BMW, ne se sentait pas apte à aider les victimes
Poursuivi pour non-assistance à personne en danger, une infraction habituellement examinée par le tribunal correctionnel, Antonino Falzone a livré à la barre un long récit de son parcours personnel et professionnel. Il a indiqué avoir travaillé pour plusieurs entreprises avant d'occuper un poste de responsable d'équipe dans une société de télécommunications. Évoquant une enfance sans difficulté particulière, il a surtout insisté sur les conséquences de l'affaire sur sa situation professionnelle.
Il dit vouloir démontrer son innocence et retrouver un emploi.
Sans antécédent judiciaire et jamais incarcéré dans ce dossier, il a expliqué avoir repris contact avec Paolo Falzone en septembre 2021 via les réseaux sociaux. Les deux hommes se fréquentaient occasionnellement. Il a décrit son ami comme parfois insistant avec les femmes, tout en se présentant comme discret et peu attiré par la vitesse.
Concernant la soirée du 19 mars 2022, il a expliqué avoir accepté une invitation à sortir. Après avoir consommé de l'alcool dans la région de Quévy, il a souhaité rentrer vers 03h00. Il s'est d'abord installé à l'arrière du véhicule, puis à l'avant pour le trajet vers La Louvière, affirmant ne pas avoir prêté attention à la conduite en raison de sa fatigue.
Au moment de l'accident, il dit avoir consulté son téléphone. "Au moment où mon téléphone s'éteint, c'est la collision", a-t-il déclaré, évoquant une scène de chaos. La cour a toutefois relevé un intervalle de sept minutes entre l'extinction de l'appareil et l'impact, un point qu'il dit ne pas s'expliquer.
Après la collision, le véhicule s'est immobilisé environ un kilomètre plus loin. Antonino Falzone affirme être sorti de la voiture dans un contexte qu'il décrit comme "chaotique".
Il a reconnu ne pas avoir sollicité de secours, son téléphone étant déchargé. "Je n'étais pas apte psychologiquement à aider les victimes", a-t-il déclaré, précisant ne pas se souvenir précisément du déroulement des faits.
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