Le procès relatif au drame du carnaval de Strépy-Bracquegnies s'est poursuivi mercredi avec l'audition d'une jeune femme qui avait passé la nuit avec Paolo et Antonino Falzone, dans une discothèque de la région montoise, quelques heures avant les faits.
Le 19 mars 2022, les deux hommes avaient rencontré cette esthéticienne dans l'espace VIP de l'établissement où elle fêtait son anniversaire. Après la fermeture, ils l'avaient raccompagnée à son domicile au petit matin.
Quelques minutes plus tard, la voiture conduite par Paolo Falzone traversait Maurage puis Strépy-Bracquegnies à plus de 170 km/h avant de percuter le cortège carnavalesque procédant au ramassage des Gilles sur la rue des Canadiens. L'accident avait fait six morts et des dizaines de blessés.
À la barre, la témoin a reconnu avoir consommé de la drogue durant la soirée. Elle a décrit Paolo Falzone comme un homme fatigué par son travail de nuit mais qui "n'avait pas bu avec excès".
Selon elle, "c'est un dramatique accident qui ne se serait pas passé avec des panneaux de signalisation". Brouhaha dans le public, du côté des parties civiles.
Elle a confirmé que l'accusé avait tenté de la séduire, sans succès. "Je le trouvais très jeune et très gamin d'esprit", a-t-elle déclaré, avant d'être rappelée à l'ordre par la présidente pour ses interruptions répétées.
Entendue précédemment par les enquêteurs, elle avait affirmé que Paolo Falzone avait "appuyé sur le champignon", sans que cela l'inquiète à l'époque, car elle aimait bien la vitesse. À l'audience, elle a toutefois assuré qu'il "ne roulait pas vite, sauf sur le ring de Mons".
La témoin a également indiqué être restée en contact avec l'accusé après les faits. Évoquant "un accident qui a ruiné sa vie", elle s'est attiré une remarque de Me Grégory D'Andrea: "Je pense qu'on inverse les rôles". En raison des manifestations dans le public, certains n'ont pas entendu qu'elle avait dit : "et celles de bien d'autres".
Enfin, lors de l'audience de la matinée, Paolo et Antonino Falzone ont confirmé qu'ils s'étaient rendus aux soumonces à La Louvière, une semaine plus tôt. Toutefois, ils indiquent qu'ils ignoraient la date du carnaval de Strépy "qui, depuis cinquante ans, a lieu après les soumonces de La Louvière", a déclaré Me D'Andrea.
Un Gille, gravement blessé à la tête, a été obligé de renoncer au foot
Florian Devise, 32 ans, était Gille et il a été gravement blessé à la tête lors du drame.
Face à la cour, il explique ne garder que très peu de souvenirs directs des événements. "Je me suis demandé ce que je faisais à l'hôpital", raconte-t-il. Ses parents lui apprendront plus tard ce qui s'est passé.
Gravement touché à la tête, il a subi plusieurs opérations du crâne après un important hématome cérébral. "Mon cerveau a bougé avec le choc"», précise-t-il. Placé aux soins intensifs, il a dû être réopéré avant de pouvoir rentrer chez lui après plusieurs semaines d'hospitalisation.
Depuis, les conséquences restent lourdes. Florian Devise souffre d'épilepsie et doit suivre un traitement à vie. "Si je ne prends pas mes médicaments, je suis stressé et angoissé", confie-t-il. Plusieurs interventions chirurgicales ont encore été nécessaires après sa sortie de l'hôpital, notamment à cause de complications au niveau de sa cicatrice crânienne.
Ancien gardien de but, il a également dû renoncer au football, sa passion. "Physiquement, je pourrais jouer, mais je ne peux plus prendre de coups à la tête", explique celui qui avait tenté de rester proche des terrains en entraînant les gardiens dans son club de Jemappes. Une expérience finalement trop douloureuse. Il n'avait plus la patience d'apprendre le jeu aux enfants.
Le jeune homme reconnaît aussi un profond changement de personnalité depuis le drame. Plus irritable, sans filtre, il évoque des difficultés à gérer ses émotions. Après avoir longtemps refusé une aide psychologique, estimant devoir rester fort pour ses proches, il a finalement commencé un suivi début 2025.
Très attaché au folklore, entre la Ducasse de Mons et le carnaval louviérois, Florian Devise dit vouloir continuer à faire le Gille "jusqu'au bout en hommage". En évoquant Laure Gara, qu'il avait invitée au ramassage cette nuit-là, l'émotion l'envahit. "Elle n'est plus là… c'était comme ma deuxième maman", souffle-t-il en larmes.
"Il y a cinquante mois, vous avez brisé nos vies", conclut-il face aux accusés.
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