Etudes de médecines: un accord a été trouvé sur les quotas Inami, avec un concours d'admission dès 2023

par
|

Villers-la-Ville: la N275 devrait être réouverte à la circulation ce jeudi 

C'est signé! L'accès aux études de médecine et de dentisterie en Fédération Wallonie-Bruxelles sera organisé à partir de 2023 sur base non plus d'un examen d'entrée comme actuellement, mais bien d'un concours d'admission où seul un nombre prédéterminé de lauréats pourra entamer ces études.

Cette décision fait partie d'un accord trouvé vendredi entre le gouvernement fédéral et la Fédération Wallonie-Bruxelles sur le nombre de quotas Inami, un dossier à l'origine de biens de tensions communautaires depuis des années.
En échange de ce concours d'admission, la Fédération a reçu la garantie que tous les étudiants en cours de formation disposeront d'un numéro Inami.
Par ailleurs, le nombre de numéros Inami sera sensiblement relevé à lavenir, afin notamment de disposer de plus de médecins généralistes au sud du pays où le métier est en pénurie depuis plus années.
Une nouvelle méthodologie pour déterminer le nombre de médecins nécessaires dans les années à venir a été agréé par les différentes parties.
"Aujourd'hui, nous clôturons un chapitre épineux qui s'est éternisé pendant plus de 25 ans", s'est félicité le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke. "Nous repartons d'une feuille blanche sur la base d'une estimation objective des besoins par la commission de planification fédérale".

Etudes de médecine : Les quotas Inami, une saga politique vieille d'un quart de siècle

Tout commence en 1996 lorsque la coalition rouge-romaine au pouvoir décide de limiter l'offre médicale en fixant chaque année le nombre de nouveaux médecins qui seront agréés par l'Inami.
La mesure, dit-on alors, vise à éviter la surprescription de médicaments et limiter les frais de soins de santé.
Les Communautés ayant la main sur la formation supérieure, c'est à elles que revient la charge de faire coller le nombre de futurs diplômés aux quotas fédéraux.

La Flandre s'exécute immédiatement en mettant sur pied dès 1997 un examen d'entrée, qu'elle a transformé en concours d'entrée il y a quelques années déjà.
Côté francophone, on choisira toutefois une autre voie. Arguant des fortes disparités de niveaux entre écoles francophones, la Communauté française rejette toute sélection à l'entame des études médicales qui reviendrait, selon elle, à accepter ces inégalités scolaires.
Elle opte dès lors pour un filtrage des étudiants à l'issue de la troisième année de médecine.     Mais le mécanisme, qui a pour effet de stopper en plein vol des étudiants qui ont déjà réussi trois années d'études réputées difficiles, est rapidement vilipendé de toutes parts.

En 2003, la ministre francophone de l'Enseignement supérieur, Françoise Dupuis (PS), évoquant (déjà) une pénurie de praticiens dans certains régions de Wallonie, abroge le mécanisme.     L'accès aux études de médecine au sud du pays se retrouve ainsi dépourvu de toute entrave, au grand dam des partis flamands qui se sentent floués.
En 2005, la nouvelle ministre de l'Enseignement supérieur, Marie-Dominique Simonet (cdH), réintroduit un mécanisme de sélection. Non plus en fin de troisième candidature comme précédemment, mais à l'issue de la première année d'études cette fois.
Le dispositif donne naissance aux premiers "reçus-collés", ces étudiants qui réussissent leur première candidature mais qui échouent au concours, ce qui les empêche de poursuivre en deuxième année.

Attaqué devant le Conseil d'Etat, le mécanisme est finalement abandonné en 2008, rouvrant à nouveau toutes grandes les portes des facultés de médecine francophones. Conséquence: le nombre d'inscrits en première année va doubler en l'espace de quelques années, alors que l'accès à la profession reste, lui, strictement limité.
Pour permettre aux nombreux diplômés francophones "surnuméraires" d'exercer malgré le numerus clausus, on décide alors de puiser dans les quotas Inami normalement prévus pour les promotions suivantes. Plus de 3.000 numéros Inami ont déjà été attribués de la sorte depuis 2008…
L'opportunité de contingenter les praticiens vire au débat communautaire. Le Nord du pays veut le respect des quotas. Le Sud dénonce, lui, une pénurie sur le terrain, qu'il faut bien souvent compenser par l'engagement de médecins étrangers.
Sous le gouvernement Di Rupo (2011-2014), les socialistes, farouchement opposés à l'idée d'un examen d'entrée, vont même d'inverser la pression: la ministre fédérale de la Santé, Laurette Onkelinx (PS), propose en effet d'assouplir le contingentement fédéral pour plusieurs spécialisations médicales jugées en pénurie.
Mais leurs partenaires flamands, Open-VLD en tête, tiennent bon: pas question de toucher aux quotas Inami!

Les élections de 2014, et l'éviction des socialistes du niveau fédéral, va chambouler le statu quo qui prévalait jusque là.
Quelques semaines après sa désignation, la nouvelle ministre fédérale de la Santé Maggie De Block (Open Vld) se montre déterminée à faire respecter le contingentement fédéral par les francophones. Et elle avertit: sans filtre efficace, elle cessera de délivrer les précieux numéros Inami aux futurs diplômés francophones.

L'annonce jette des centaines d'étudiants en blouse blanche dans la rue à la Toussaint 2014. Jean-Claude Marcourt (PS), ministre de l'Enseignement supérieur, refuse d'abord de limiter le nombre de futurs médecins, toujours au nom de la pénurie.
Mais après plusieurs semaines de bras de fer, le Liégeois annonce que la Fédération Wallonie-Bruxelles introduira bel bien un mécanisme de filtre. Pas en début de parcours toutefois, mais en fin de premier bachelier, comme cela s'était pratiqué dix ans auparavant déjà. 

En échange, tous les étudiants francophones alors en cours de formation son assurés de recevoir un numéro Inami du fédéral.
Voté en juillet 2015, la nouvelle épreuve -qualifiée de "concours-boucherie" par les étudiants- est organisée pour la première fois fin juin 2016. Et comme dix ans plus tôt, elle laisse plusieurs centaines de "reçus-collés" sur le carreau. Lesquels s'empresseront de saisir le Conseil d'Etat qui jugera la procédure non valide en raison, ironie de l'histoire, d'un... contingentement fédéral insuffisamment justifié!
Après plusieurs semaines de suspense, le ministre Marcourt, contraint par différentes ordonnances en référés, donne finalement consigne aux facultés de laisser passer tous les "reçus-collés" en deuxième bachelier... Son filtre n'aura donc rien filtré.

Maggie De Block lance alors un ultimatum: la FWB doit sans délai introduire un examen d'entrée comme le pratiquait alors la Flandre depuis 20 ans, sans quoi elle ne recevra plus de quotas Inami pour ses futurs diplômés.
Le ministre Marcourt a beau dénoncer l'absurdité du numerus clausus fédéral alors que la médecine est officiellement devenue un métier en pénurie en Wallonie, il sait qu'il n'a pas d'autre choix s'il veut garantir l'avenir professionnel de centaines d'étudiants en médecine en fin de parcours.
En quelques semaines à peine, forcé contraint, il rédige un avant-projet de décret instaurant cet examen d'entrée contre lequel les socialistes avaient pourtant tant résisté.

La nouvelle épreuve est appliquée dès 2017, avec des taux de réussite en dessous des 20%. Mais malgré cela, les études médicales connaissent un réel engouement, si bien que le nombre d'étudiants autorisés chaque année à entamer ce cursus est toujours bien supérieur au nombre de numéros prévus pour eux au bout de leurs six années de formation de base…
En 2020, l'accord de majorité de la Vivaldi entend mettre fin à cette situation. Le texte prévoit en effet l'instauration d'un "mécanisme de responsabilisation en cas de non-respect des quotas fédéraux".
La demande du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) formulée à l'été 2021 est claire: il veut que la FWB introduise un "filtre efficace" (un concours d'entrée, ndlr). Sans quoi il imposera lui-même une attestation de contingentement en fin de premier bachelier, et ce sans aucune garantie de numéro Inami pour tous les étudiants actuellement engagés dans la formation.

Après plusieurs mois de négociations discrètes, un accord sera finalement trouvé entre les parties. En échange de l'introduction d'un concours d'admission, la FWB voit le nombre de quotas Inami augmenter dès 2028. Tous les étudiants engagés actuellement dans ces études reçoivent aussi la certitude de pouvoir exercer à la fin de leur cursus.

Source: Belga


Sur le même sujet

Recommandations

Image
Les employeurs du non-marchand inquiets des conséquences de la réforme des APE

Les employeurs du non-marchand inquiets des conséquences de la réforme des APE

Une grosse centaine de représentants des employeurs du secteur non-marchand ont manifesté jeudi devant le siège du gouvernement de la FWB pour exprimer leurs inquiétudes face à la réforme programmée des aides à la promotion de l'emploi (APE).
Image
Hôpitaux de proximité : quel avenir pour Chimay et Lobbes dans la réforme hospitalière ?

Hôpitaux de proximité : quel avenir pour Chimay et Lobbes dans la réforme hospitalière ?

Les hôpitaux de proximité sont-ils menacés par la réforme hospitalière ? La question suscite de nombreuses réactions depuis la publication d'un rapport de l'AVIQ consacré à l'avenir des structures hospitalières locales.
Image
Inauguration de la rue des Chasseurs Ardennais à Jamioulx

Inauguration de la rue des Chasseurs Ardennais à Jamioulx

Une cérémonie de mémoire a rassemblé de nombreuses autorités civiles et militaires, associations patriotiques, porte-drapeaux et citoyens venus rendre hommage aux Chasseurs Ardennais, à l'occasion de l'inauguration d'une nouvelle rue à Jamioulx.
Image
"Marées et barbelés" : le récit du destin hors du commun de la famille anglo-carolo Bullman

"Marées et barbelés" : le récit du destin hors du commun de la famille anglo-carolo Bullman

Chaque année, la Normandie commémore le Débarquement allié du 6 juin 1944, opération militaire qu'ont connu de près les membres de la famille anglo-carolo Bullman. Simon Bullman a décidé de raconter le destin hors du commun de sa famille dans un livre.
Image
« A la Vie, à l’Amour », une alternative aux fleurs pour les personnes en deuil

« A la Vie, à l’Amour », une alternative aux fleurs pour les personnes en deuil

« A la Vie, à l’Amour », c’est un concept unique en son genre imaginé par Romane. Il s’agit d’une boîte à offrir à une personne en deuil, qui est remplie  de contenants symboliques. Une véritable alternative aux fleurs.
Image
Farciennes : La Devinière fête ses 50 ans et présente ses locaux rénovés

Farciennes : La Devinière fête ses 50 ans et présente ses locaux rénovés

A Farciennes, le Service Résidentiel pour Adultes "La Devinière", qui accueille des personnes en situation de grande difficulté mentale fête ses 50 ans. A cette occasion, l'institution a également célébré la fin de près de 5 années de travaux.
Image
Le Printemps de l'Alpha 2026 de l'asbl Lire et Écrire s'est déroulé à Charleroi

Le Printemps de l'Alpha 2026 de l'asbl Lire et Écrire s'est déroulé à Charleroi

En Belgique francophone, 1 belge sur 10 ne sait pas lire ou écrire. L'édition 2026 du Printemps de l'Alpha de l'asbl Lire et Ecrire était organisée au CEME de Dampremy pour mettre en relation les apprenant et les formateurs du secteur sur le thème du jeu.
Image
Courcelles : Les 12 et 13 juin, le Celtic Fest débarque à Souvret. Voici le programme !

Courcelles : Les 12 et 13 juin, le Celtic Fest débarque à Souvret. Voici le programme !

En avril dernier, la commune de Courcelles annonçait l’arrivée de la  “Celtic Fest” : un nouveau rendez-vous festif aux couleurs celtiques, dans la continuité de la fête Médiévale, qui aura lieu les 12 et 13 juin sur la place Lagneau à Souvret.
Image
Îlot Verlaine : le projet de reconversion franchit une nouvelle étape

Îlot Verlaine : le projet de reconversion franchit une nouvelle étape

Une nouvelle étape a été franchie dans le projet de reconversion de l’îlot Verlaine. Le permis de démolition a été octroyé par la Ville de Charleroi. C’est toute une transformation du quartier qui est prévue entre les quais et la place Buisset.
Image
Succès pour la première foire aux disques de Farciennes

Succès pour la première foire aux disques de Farciennes

Ce dimanche s’est tenue la première édition de la foire aux disques à Farciennes. Un événement qui a rassemblé de nombreux amateurs et professionnels du secteur, confirmant ainsi le grand retour du vinyle.
Image
Grand succès pour le Salon des Métiers de la Sécurité aux Aumôniers du Travail

Grand succès pour le Salon des Métiers de la Sécurité aux Aumôniers du Travail

Pour sa quatrième édition, le Salon des Métiers de la Sécurité aux Aumôniers du Travail a attiré plusieurs milliers de visiteurs venus découvrir ces métiers qui ont le vent en poupe ainsi qu'un véritable F16 en démonstration dans la cour.
Image
Le Théâtre de l’Ancre à nouveau à l’arrêt : un projet de rénovation compromis

Le Théâtre de l’Ancre à nouveau à l’arrêt : un projet de rénovation compromis

Le théâtre de l’Ancre, qui doit faire l’objet de nombreux travaux de rénovation, se trouve une nouvelle fois dans une impasse. Le permis d’urbanisme vient d’être annulé par le conseil d’état à la suite d’une plainte reçue d’un riverain.
Image
Des riverains s'opposent à la construction du centre fermé de Jumet

Des riverains s'opposent à la construction du centre fermé de Jumet

Le projet de construction d'un centre fermé à Jumet continue de faire débat. Aujourd'hui, c'est un collectif de riverains qui a introduit une requête en annulation devant le Conseil d’Etat.
Image
Fleurus: une cavalcade haute en couleur

Fleurus: une cavalcade haute en couleur

C’est incontournable pour le week-end de Pâques. Une fois encore, la Cavalcade a battu son plein à Fleurus avec un cortège varié composé de groupes venus de différents pays, mais aussi bien sûr des Gilles. Et dimanche, c’était le grand cortège.
Image
Le carolo Benjamin Visée réélu à la présidence de la fédération des Scouts

Le carolo Benjamin Visée réélu à la présidence de la fédération des Scouts

La fédération des Scouts a élu samedi à Charleroi Benjamin Visée comme président fédéral pour les trois prochaines années. La formation des animateur(trice)s, leur accompagnement initial ainsi que la cohésion au sein de la fédération sont des priorités.