Les services de secours intervenus lors du drame de Strépy-Bracquegnies, le 20 mars 2022, ont livré jeudi des témoignages émouvants devant la cour d'assises du Hainaut.
Plusieurs intervenants ont évoqué une "scène de guerre", suivie d'un "chaos calme" et d'un profond sentiment d'impuissance face à l'ampleur de la tragédie.
Une opératrice du centre d'appels 112 a relaté les premiers instants de la catastrophe. "Un monsieur parle d'une foule, d'une voiture, du sang. Mon sang ne fait qu'un tour", explique-t-elle. Très rapidement, les appels affluent, certains évoquant une bombe ou un attentat. "Je comprends immédiatement qu'on n'est pas face à un banal roulage et qu'il faut des moyens importants", poursuit-elle. Cette dame est alors convaincue qu'il s'agit d'un attentat terroriste.
Les hôpitaux de la région sont rapidement placés en état d'alerte et l'aide médicale urgente est déclenchée. "On est tous sur le pont, c'est comme un chaos", témoigne encore l'opératrice, qui dit avoir craqué en regagnant son domicile après son service.
Deux infirmières urgentistes, présentes cette nuit-là, ont ensuite été entendues. Habituées aux situations critiques, notamment après les attentats de Bruxelles, elles ont immédiatement appliqué les procédures prévues en cas de catastrophe. "Dans le véhicule d'urgence, on décide de changer notre système de fonctionnement. Nous sommes sur un plan catastrophe", indique l'une d'elles.
À leur arrivée rue des Canadiens, les secouristes découvrent une scène marquante. "On voit la scène chaotique. On se demande ce qui s'est passé. C'est un chaos très calme, bizarrement", raconte une infirmière. Les équipes médicales procèdent alors au triage des victimes et mettent en place un poste médical avancé au home L'Espoir.
Les deux femmes évoquent une "médecine de guerre" et des décisions extrêmement difficiles à prendre. "On a été confrontés directement aux familles", souligne l'une d'entre elles, émue. Sa collègue évoque l'impossibilité de répondre aux demandes des proches. "La famille demande de sauver monsieur D'Andrea et on ne sait pas le faire."
L'une des infirmières, originaire de Binche et attachée au folklore carnavalesque, se souvient également avoir dû découper un costume de gille pour secourir une victime. Elle affirme vivre désormais les carnavals avec davantage d'appréhension.
L'audience a aussi été marquée par les remerciements de la famille de Florian Devise envers les secouristes. Son père a affirmé qu'il était "à côté de nous grâce à vous", provoquant de longs applaudissements dans la salle.
D'autres intervenants ont décrit les séquelles psychologiques laissées par cette intervention. Un ambulancier du SMUR de Charleroi, actif depuis plus de vingt ans, a raconté être hanté par les images de Strépy. "Je ne dormais plus", a-t-il confié. Un secouriste du poste médical avancé, ayant déjà connu des catastrophes naturelles en Italie, a lui estimé que "la cause humaine" du drame rendait cette intervention encore plus difficile à accepter.
Un pompier intervenu sur le véhicule impliqué a enfin décrit l'extraction des victimes, évoquant "un sentiment d'impuissance et d'empathie envers les familles".
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