Assises du Hainaut : place aux plaidoiries ce jeudi au procès de l'assassinat de Jean-Yves Wargnies

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A la Cour d’Assises du Hainaut, cette troisième journée du procès de Domenico Puddu est consacrée aux plaidoiries des avocats des différentes parties et aux délibérations du jury.

La journée a débuté par la plaidoirie longue et détaillée de Me Jean-Philippe Mayence, avocat de la famille de la victime. Me Mayence est particulièrement touché par cette affaire, puisqu’il connaissait Jean-Yves Wargnies, la soeur de la victime travaille par ailleurs depuis 20 ans au sein de son cabinet.

« En 35 ans de carrière, c’est sans doute pour moi la plaidoirie la plus difficile », déclare Me Mayence à l’assemblée. Il revient sur le fait qu’il connaissait la victime : « je peux vous dire que cela paraît inouï que ce garçon ait été victime de cela, pour avoir dérangé l’autre ».

Maître Mayence précise ensuite : « Jean-Yves vit encore au travers de quatre vies qui ont été sauvées grâce à son don d’organes. Jean-Yves, c’était l’altruisme jusqu’au bout et je suis fier d’être aujourd’hui le porte-parole de la famille. Puisse son engagement, mais aussi sa joie de vivre et son intégrité servir d’exemple ».

Apporter la preuve de culpabilité de l’accusé

Maître Mayence a rappelé aux jurés le but de sa plaidoirie : « mon objectif est de revenir sur tous les détails importants de cette affaire pour apporter la preuve de culpabilité de l’accusé ». Et de lancer : « J’aurai votre froideur, monsieur Puddu. Si la partie civile n’a pas son mot à dire sur la peine, c’est néanmoins la raison de sa présence ici ».

Dans son exposé, Me Mayence appuie sur le côté mensonger et malhonnête de l’accusé.

« Même votre famille le dit : vous avez un orgueil, un ego, une rigidité. Avec vous, c’est on se plie ou je casse, on se plie ou je tue ! Et vous avez menti à plusieurs reprises par rapport au déroulé des faits, sur les raisons pour lesquelles vous vous êtes rendu chez la victime le jour du drame »

Une journée clé pour les jurés

Les jurés écoutent attentivement. Lors des délibérations, ils devront répondre à une double question : Domenico Puddu a-t-il commis un meurtre et est-ce que c’était avec préméditation ? Me Mayence ajoute aux jurés : « Vous n’allez pas seulement juger un fait, vous aller juger des hommes. Et il est important de bien connaître leur personnalité ».

Pour éclairer le jury, il aborde d’abord le dossier avec premièrement, la personnalité de Jean-Yves Wargnies : « c’est quelqu’un qui était honnête, qui avait le sens du devoir, de l’attention pour l’autre, un homme qui était travailleur et conciliant »

Puis la personnalité de l’accusé et son parcours de vie. « L’expertise psychiatrique qui a été réalisée montre que l’accusé fait preuve de rigidité, de froideur affective, de difficultés dans sa relation à l’autre. Les experts ont précisé que c’est un choix de sa part. Il choisit de s’isoler, ce qui en fait une personnalité inquiétante », déclare Me Mayence.

« Tout cela était prévu, annoncé, selon les témoignages de sa propre famille et les nombreux faits et menaces que Puddu avait déjà commis auparavant, depuis le début des années 90. Et vu certains éléments de son dossier, la justice a été gentille avec lui, mais malheureusement, compte tenu de tout cela, c'était la chronique d'une mort annoncée ». Par ces mots, maître Mayence évoque notamment un jugement de 1997, qui vise des faits de 1992 et 1993 (menaces verbales avec ordre sous condition). Et un autre jugement : le 4 juin 1999 pour des faits de 1998 et 1999 d’harcèlement et infraction aux normes acoustiques.

Me Mayence souligne également que Puddu a été placé sous mandat d’arrêt en 1999 durant un mois. Le soir même de sa libération, il commet à nouveau des faits et est de nouveau placé sous mandat d’arrêt. Et écope de 10 mois de mandat d’arrêt avec sursis. Puddu avait donc de sérieux antécédents, et pour l’avocat de la famille de la victime, le jury doit en tenir compte.

Ensuite, maître Elena D’Agristina qui assure la défense de Christophe Bertelli, l’ami de Jean-Yves Wargnies qui était avec lui le jour du drame a pris la parole. Lors de sa plaidoirie en fin de matinée, elle a déclaré : « Christophe Bertelli, c’est la victime vivante de monsieur Puddu, une victime qui a vécu en direct l’assassinat de son ami". 

Cet après-midi, la parole était d’abord à l’avocat général François Demoulin. Face aux jurés, il est revenu en détails sur la personnalité et les actes de Domenico Puddu :

"Ce qui ressort, c’est que, pour Puddu, il y a une constance d’un point de vue psychologique : c’est toujours la faute des autres. L’individu est egocentré et psychorigide », précise Me François Demoulin, qui souligne également que, malgré un mandat d’arrêt précédent, l’accusé a commis de nouveaux faits similaires le jour de sa libération. « Monsieur Puddu est donc récidiviste alors qu’il est capable de réfléchir ».

« Nous avons une personne qui a une propension certaine à un risque de récidive. Cet homme, son casier judiciaire le démontre, a tendance a violer les lois. Il a d’ailleurs été condamné pour détention illégale d’armes soumises à autorisation (révolver à grenaille, …). Par les différents actes cruels qu’il a commis depuis les années 90, monsieur Puddu a mis ses capacités intellectuelles assez brillantes au service de sa volonté de nuire », ajoute l’avocat général.

Me Demoulin rappelle que l’enquête démontre également que lorsque Puddu se déplace pour aller au domicile de Jean-Yves Wargnies le jour du drame, il n’y avait déjà plus de bruit. La disqueuse n’avait fonctionné que durant quelques minutes et était rangée au moment où l’accusé est arrivé. « Il ne venait donc pas pour parler, mais il avait déjà construit son projet criminel », explique l’avocat général.

« Cette affaire, c’est un cas d’école. Car dans ce dossier, la préméditation est quasiment inséparable de l’intention d’homicide », ajoute l’avocat général. Ce n’est donc pas de la rage, mais bien un projet criminel. La balle tirée dans la nuque de la victime est une réelle exécution », ajoute-t-il. S'adressant aux jurés, l'avocat général conclut "c'est donc en confiance que je vous demande de répondre oui aux questions auxquelles vous devrez répondre lors de délibérations".

Maître Thomas Puccini, avocat de l’accusé, a ensuite pris la parole en milieu d'après-midi pour évoquer un dossier qui n’est pas facile.

« C’est un dossier particulier car il y a une injustice criante dans cette affaire. L’injustice, c’est le décès tragique d’un homme bien. Il n’y a pas d’excuse, monsieur Puddu doit comprendre que son geste est irréversible. La réalité est que nous défendons monsieur Puddu avec mon confrère mais en aucun cas nous n’essayons de minimiser quoi que ce soit », explique-t-il en introduction.

« Nous avons un dossier qui est relativement mince, simple, facilité par des éléments objectifs. Et nous sommes d’accord avec pas mal de points. Ce dossier a notamment été facilité par les caméras de surveillance placées sur le bâtiment de la victime et l’enregistrement des appels aux services secours », ajoute la défense de l’accusé.

L’avocat précise au jury que le questionnaire qui lui est soumis ne sera pas contesté. Il y a clairement une intention d’homicide de la part de monsieur Puddu.

« Je vais cependant vous donner la version de Mr. Puddu et tenter de démonter que les choses ne se sont pas passées exactement telles qu’elles ont été décrites lors des jours précédents du procès. Notamment le fait que lorsque Puddu s’est rendu la première fois au domicile de la victime le 30 décembre 2019, il est bien déjà en possession d’un pistolet, mais celui-ci n’est pas armé lors de cette première visite. Ce qui veut dire que l’accusé ne s’est pas levé ce matin là en se disant qu’il allait tuer Jean-Yves Wargnies », argumente Me Puccini.

Les délibérations des membres du jury devraient débuter en fin d'après-midi.

Ch. B.


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