À la suite du biomonitoring ayant mis en évidence une surexposition aux PFAS des habitants de Chièvres, Ronquières, Nandrin et Florenne, l'ISSeP, l'institut scientifique de service public, s'est penché sur les facteurs responsables de ce phénomène.
Dans ce cadre, la consommation d'eau du robinet et d'œufs issus d'élevages domestiques a été identifiée comme un facteur déterminant majeur, selon les résultats de l'étude qui ont été présentés au cours d'une conférence de presse ce lundi à Namur, avant des séances d'informations aux habitants des zones concernées.
L'analyse approfondie des questionnaires remplis par plus de 1.600 personnes confirme tout d'abord l'importance de facteurs individuels: déjà observés dans le premier volet de l'étude, l'âge et le sexe influencent en effet les niveaux d'imprégnation, les personnes plus âgées et les hommes présentant généralement des concentrations plus élevées. C'est également le cas du lieu de résidence et de la durée d'exposition, les habitants résidant depuis plus de 10 ans dans les zones concernées obtenant des résultats plus élevés, a expliqué Ingrid Ruthy pour le compte de l'ISSeP.
L'étude de l'institut régional pointe aussi l'influence de la consommation d'eau du robinet, "identifiée comme un facteur déterminant majeur" et d'œufs issus d'élevages domestiques. Plus surprenant, la consommation de produits de la mer est également liée à des niveaux plus élevés d'exposition aux PFAS.
Enfin, certains produits du quotidien tels que les textiles, les cosmétiques et les produits d'hygiène "peuvent également contribuer à l'exposition, bien que leur impact apparaisse plus limité au vu des résultats de cette étude", a ajouté la représentante de l'ISSeP.
Face à ces constats, les autorités ont formulé une série de recommandations. Parmi celles-ci, le maintien d'une surveillance stricte de la qualité de l'eau potable, ce qui est déjà en place en Wallonie, figure en bonne place. Par principe de précaution, elles appellent aussi à éviter la consommation d'œufs d'autoproduction dans les zones concernées, en attendant des analyses complémentaires. Une étude approfondie des œufs produits par les particuliers de la zone devrait débuter cette année.
Pour Yves Coppieters, le ministre wallon de la Santé et de l'Environnement, il est en outre nécessaire d'agir à tous les niveaux de pouvoir. "Au niveau local, les dispositifs restent pleinement mobilisés: un monitoring régulier de la qualité des eaux de distribution est assuré, les enquêtes environnementales se poursuivent afin de mieux cerner les sources de contamination et des campagnes de dépistage sanguin sont en cours via l'AVIQ", a-t-il assuré.
À l'échelle de la Wallonie, l'objectif est d'affiner la connaissance et de réduire les expositions, "ce qui passe notamment par la détermination du bruit de fond des PFAS dans les sols, par des études ciblées ainsi que par des mesures visant à limiter les sources de pollution, telles que la réduction ou l'interdiction de certains pesticides et la diminution des rejets industriels", a poursuivi le ministre.
Selon ce dernier, les travaux se poursuivent également au niveau belge "en vue de renforcer le cadre de protection, notamment à travers la mise en place d'un fonds d'indemnisation environnementale et la révision des normes applicables aux produits".
Quant au niveau européen, la Wallonie "soutient pleinement les initiatives visant à interdire les PFAS à la source, condition indispensable pour réduire durablement leur présence dans l'environnement", a-t-il rappelé.
"Ce sont des recommandations que nous avons déjà formulées. L'étude de l'ISSeP nous permet de les confirmer", a résumé Yves Coppieters.
"Il faut bien comprendre que cette analyse avait pour but de rechercher les facteurs associés à la surexposition constatée pour les six PFAS les plus quantifiés (PFOA, PFOS, PFHxS, PFNA, PFHpS et PFDA). Ils ne l'expliquent pas mais ils y sont associés. Il s'agissait également de comprendre les expositions passées: aujourd'hui, l'eau du robinet est parfaitement conforme aux nouvelles normes de potabilité", a-t-il par ailleurs insisté.
Pour ce faire, l'ISSeP s'est basé sur des analyses sanguines et des questionnaires détaillés sur les habitudes de vie, l'alimentation et l'environnement des participants. Les problématiques étant similaires dans les quatre zones étudiées, l'ensemble des résultats ont été regroupés dans un jeu de données unique afin d'apporter plus de robustesse à l'analyse statistique des questionnaires.
"Nous refermons aujourd'hui un chapitre important pour les citoyens: celui qui nous a permis de mesurer, comprendre et expliquer les différentes expositions aux PFAS. Ce travail permet de mieux cerner encore les causes d'imprégnation et d'adapter les comportements en conséquence. Mais si ce chapitre est clos, notre responsabilité en tant que pouvoirs publics est de poursuivre les investigations, de continuer à garantir aux citoyens une qualité de l'eau irréprochable et de poursuivre l'amélioration du cadre réglementaire autour des PFAS, aux niveaux européen, fédéral et régional", a conclu le ministre.
Des séances d'informations à la population ayant rempli ces questionnaires sont organisées à Chièvres ce lundi soir, à Nandrin le 16 avril, à Florennes le 21 avril et à Ronquières le 23 avril.
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