Le jury et la cour d'assises du Hainaut, réunis en collège, ont condamné jeudi Mohammed Bouhou, âgé de 36 ans, à une peine de 25 ans de réclusion criminelle. Les quinze juges ont accordé des circonstances atténuantes au condamné.
La veille au soir, l'accusé avait été reconnu coupable du meurtre de Sakhr Bouazzaoui, 29 ans, commis le 13 mars 2023 rue Neuve à Charleroi. La victime avait été mortellement atteinte d'un tir d'arme à feu en pleine poitrine en début de soirée. Un second homme avait également été blessé par balle au mollet alors qu'il se rendait dans une boulangerie située dans cette rue.
Le collège a retenu plusieurs circonstances atténuantes en faveur de Mohammed Bouhou, notamment un parcours de vie marqué par une grande précarité ainsi que des capacités cognitives inférieures à la moyenne. Toutefois, les juges ont également souligné des éléments aggravants: la réprobation sociale liée à la violation de la loi, l'extrême gravité des faits, la dangerosité du mode opératoire (l'accusé ayant ouvert le feu en pleine rue en début de soirée), le contexte de trafic de stupéfiants dans la zone, son absence de remords ainsi que sa personnalité, caractérisée par des traits antisociaux, une tendance à la manipulation et à la domination, ainsi qu'une propension à l'irritabilité et à la violence.
Lors de l'instruction d'audience, lundi, Mohammed Bouhou avait déclaré : "Si vous trouvez des preuves à cent pour cent, j'assumerai", tout en faisant valoir son droit au silence. Un silence qu'il observait depuis le 24 juillet 2023, date de sa remise aux autorités judiciaires belges après son arrestation en France le 6 juillet.
Mercredi, les jurés l'ont reconnu coupable sur la base des éléments présentés par l'accusation, notamment les images de vidéosurveillance, l'analyse des données téléphoniques ainsi que les témoignages recueillis, bien que certains aient été jugés peu fiables.
Ils ont suivi la thèse du ministère public, estimant que l'accusé avait été en contact avec la victime entre 17h15 et 19h16, moment où leurs téléphones ont activé la même borne. Après les faits, il serait rentré chez lui avant de prendre la fuite vers la France dans la soirée. Les jurés ont dès lors retenu la préméditation, l'accusé ayant fixé un rendez-vous à la victime avant d'organiser sa fuite.
Jeudi matin, avant la reprise des débats consacrés à la peine, Mohammed Bouhou a demandé à s'entretenir avec ses avocats, lesquels avaient jusque-là plaidé l'acquittement au bénéfice du doute, conformément à leur mandat.
Il a alors affirmé que le mobile des faits relevait d'une rivalité entre clans liés au trafic de drogue. Il a reconnu être le tireur, déclarant avoir ouvert le feu parce que Sakhr Bouazzaoui tenait un couteau. De tels éléments auraient pu orienter la stratégie de défense différemment, en invoquant notamment une possible provocation.
En choisissant de se taire avant de livrer tardivement sa version des faits, Mohammed Bouhou a pris un risque judiciaire qu'il n'a pas su maîtriser.
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