Cette année, le budget fédéral pour l’aide alimentaire passe de 27 à 15 millions. À Charleroi, associations et élus tirent la sonnette d’alarme : des familles ne savent plus se nourrir. Débat animé au conseil communal.
En Belgique, 600 000 personnes ont recours à l’aide alimentaire. Chaque jour, des associations oeuvrent pour distribuer des colis alimentaires, des repas et des produits d’hygiène aux plus démunis. Les besoins augmentent, et certains produits deviennent difficiles à trouver. Mais la situation pourrait encore s’aggraver.
« Le Gouvernement fédéral diminue les moyens budgétaires dédiés à l'aide alimentaire de 12 millions d'euros », indique Isabella Greco, conseillère et cheffe de groupe PS. « Les associations risquent de ne plus pouvoir assurer leurs missions, avec de graves conséquences sur la dignité et la sécurité des personnes les plus fragilisées. » Face à cette réduction des subsides, les associations reçoivent moins de produits pour leurs colis. La région tente de pallier cette diminution, certaines villes également. Mais l’inquiétude est grandissante, et elle s’est fait sentir lors du conseil communal. Mme Greco a interpellé le collège à ce sujet.
Réponse du collège et du CPAS
« On essaie de voir, avec nos moyens et on l’espère l’aide de la région, comment soutenir nos associations de première ligne », indique Thomas Dermine (PS), bourgmestre de Charleroi. « On ne peut pas les laisser tomber. »
Philippe Van Cauwenberghe (PS), président du CPAS, précise : « Les associations me disent que c’est une catastrophe sur le terrain. Il n’y a plus assez de produits pour les bébés (lait, tétines, langes…). Pour les protections hygiéniques, 300 000 ont été distribuées en 2025 et aujourd’hui, il n’y a plus un seul centime. 675 000 langes également, plus 1 € de subsides. » Il explique par exemple que l’association Faim et Froid aide 800 familles, distribue 4 000 colis par an, et devra réduire d’un quart ses distributions.
Réactions du PS et du PTB
Pauline Boninsegna, conseillère et cheffe de groupe PTB, a pris la parole pour pointer du doigt les décisions du fédéral : « Des coupes budgétaires froides impactent des familles, des enfants, des associations qui viennent en aide aux plus démunis. En 2026, des personnes meurent de faim en Belgique. » Selon elle, les villes doivent faire front pour compenser ces mesures : « Le PTB vous suivra ! »
Isabella Greco souligne : « Le fédéral soit supprime, soit diminue les moyens alloués aux associations de terrain qui luttent contre la précarité. La région pallie un maximum. Et les villes réfléchissent à compenser ce désinvestissement. Le fédéral tend la facture, sans solidarité. »
« C’est ta faute », « Non, la tienne »
Le MR, membre de la majorité Arizona, a répondu : « La Ville de Charleroi transpire la précarité », indique Jean-Noël Gillard, chef de groupe MR-IC. « Alors : qu’avez-vous fait pour endiguer ce phénomène qui se renforce ? Dans les gouvernements où vous aviez les leviers, vous n’avez rien fait. » Le MR-IC rappelle que le Mouvement Réformateur veut que l’emploi soit accessible à tous.
Thomas Dermine réagit : « Je n’en crois pas mes oreilles. Vous nous demandez quoi faire ? Commencez par ne pas supprimer l’aide d’urgence, soutenir les mamans solos, le fonds d’aide alimentaire… »
Le bourgmestre rappelle que la Belgique était 4ᵉ pour le taux de précarité et est aujourd’hui 2ᵉ. « Nous (Le PS) avons relevé les bas salaires, augmenté les pensions, soutenu les revenus… Et vous, vous faites l’inverse ! L’industrie se crashe, les services publics aussi, et aucun investissement n’est prévu. Vous préciser une partie importante de la société. »
En tant qu’être humain, je suis inquiet de voir que dans ma ville, des citoyens ne savent plus se nourrir. Il faudra assumer un jour.
« Il faut réagir »
Denis Ducarme, conseiller MR-IC, réagit: « Cette précarité est attribuée à 50 ans de socialisme. Ne remettez pas systématiquement la faute sur la majorité Arizona. » Sofie Merckx (PTB) insiste : « Ce n’est pas humain ce qui se passe. 1 200 personnes ont été exclues du chômage, 800 se sont rendues au CPAS, des milliers de langes ne sont plus distribués… C’est face à cela que vous devriez prendre la parole pour répondre, M. Ducarme. Ce n’est pas lié au PS, c’est ce que le gouvernement Arizona met en place. »
Thomas Dermine conclut : « Au-delà des partis, nous devons relayer ce qui se passe et nous remettre en question. On peut corriger le tir pour le bien-être de la population. Je ne cherche à culpabiliser personne, il faut simplement refaire remonter l’information. » Denis Ducarme ajoute : « J’appuierai cette demande si la majorité invite la ministre de l’Intégration sociale. Si vous nous tendez la main, nous la prendrons. »
Isabella Greco clôture en rappelant que chacun doit prendre ses responsabilités.
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