Le magazine Investigation s’est penché sur La Sambrienne, la société de logements sociaux de Charleroi. Des logements dégradés, des familles en difficulté : le reportage a déclenché un débat animé au conseil communal.
Le magazine Investigation consacré à La Sambrienne a fait couler beaucoup d’encre depuis sa diffusion la semaine dernière et a donné lieu à un long débat au conseil communal de Charleroi.
La RTBF s’est intéressée à La Sambrienne, la principale société de logements sociaux de la ville. L’enquête montre que de nombreux logements sont dégradés ou insalubres, tandis que certains restent vides malgré une forte demande. Le reportage souligne le manque de moyens pour rénover un parc immobilier vieillissant, au détriment des locataires. Les incendies, parfois d’origine criminelle, accentuent le sentiment d’insécurité. Globalement, l’enquête illustre les difficultés de gestion et les tensions entre besoins des habitants et ressources disponibles.
Les questions du PTB, MR-IC et PS
« Ce que nous avons vu est un réquisitoire contre la gestion du logement social à Charleroi. Des Carolos sont abandonnés par une institution censée les aider », regrette Jean-Noël Gillard, chef de groupe MR-IC.
Forcer des familles à choisir entre des moisissures et le trottoir, c’est une faillite morale.
Il pointe également les problèmes sécuritaires alarmants : « Un terrain fertile pour la criminalité de quartiers (trafic, vandalisme, incendie…). » Le chef de groupe questionne la Ville sur la conformité des certificats incendie, la sécurité des locataires et les mesures prévues pour résoudre ces problèmes.
« Face aux problèmes à répétition, les dirigeants et élus ont répété que les locataires exagéraient et qu’ils étaient responsables des problèmes d’humidité dans leur logement », rappelle Pauline Boninsegna, cheffe de groupe PTB. « Le reportage montre que le mal-être des locataires et d’une partie des travailleurs de La Sambrienne vient bien d’un profond dysfonctionnement de la société. »
La conseillère questionne à son tour le collège sur la responsabilité de cette insalubrité, sur les mesures que prendra la Ville et sur les incendies. Le PTB a demandé la mise en place d’une cellule de crise pour les locataires en situation critique au sein de la cellule logement de la Ville. « C’est ça, garantir le droit à un logement décent sur notre territoire. »
Isabella Greco, cheffe de groupe PS, rappelle qu’en tant qu’actionnaire principale, la Ville de Charleroi doit réagir. « Quels sont les leviers dont dispose la Ville ? »
Réponse du collège
« J’ai été profondément choqué par les images de l’émission. Derrière ces images, il y a de la détresse. Nous prenons cette affaire au sérieux », répond Thomas Dermine (PS), bourgmestre de Charleroi.
Il rappelle que La Sambrienne est sous la tutelle régionale et gérée par un organe de gestion comprenant des représentants des différents partis du conseil communal. Selon le bourgmestre, les leviers d’action sont :
- la responsabilité de la Ville en tant qu’actionnaire principale de La Sambrienne,
- les compétences communales en matière de logement et de sécurité.
« Concernant la sécurité, la zone de police peut intervenir à la demande des citoyens ou de La Sambrienne. Dans certains endroits compliqués, nous avons mis en place une présence policière renforcée depuis 2024. Mais je vois que c’est insuffisant, cela fera l’objet d’une évaluation », annonce-t-il. « Pour le reste, en tant qu’actionnaire, la Ville ne peut pas se substituer à la tutelle régionale. »
Thomas Dermine annonce que le comité de gestion de La Sambrienne est convoqué ce mardi, avec une liste de 30 questions auxquelles ils espèrent obtenir des réponses.
Intervention de l’échevin du Logement
Tanguy Luambua (Les Engagés), échevin du Logement, prend la parole : « J’ai été très choqué par les situations humaines. Il y a des manquements auxquels on doit remédier en tant que Ville. »
L’échevin regrette cependant que Mme Boninsegna et M. Gillard posent des questions alors qu’ils siègent au conseil d’administration de La Sambrienne : « C’est avec des réponses que vous devriez venir. Posez vos questions en interne à La Sambrienne. »
« Quand comptiez-vous bouger ? »
Jean-Noël Gillard déplore qu’on ne s’intéresse à cette réalité, existant depuis des années, qu’après la diffusion d’une émission. « Ce qui est choquant, c’est que cette situation existe depuis des décennies et qu’il a fallu un reportage pour faire bouger les choses. »
Pauline Boninsegna regrette la réaction tardive : « Vous n’avez pas réagi depuis mercredi, et c’était une forme de mépris pour les locataires. Et c’est facile de me dire de poser la question ailleurs ! Vingt ans après le scandale de la Carolorégienne, nous devons briser la culture de l’opacité et du mépris des locataires. »
Le ton monte du côté du PTB, qui ne cautionne pas le temps nécessaires pour prendre des mesures. Le bourgmestre rappelle : « En un an, je n’ai jamais reçu de demande d’interpellation sur La Sambrienne. Je ne comprends pas comment de tels sujets n’arrivent jamais sur la table du conseil. Il y a des problèmes du côté de l’organe de gestion, qui n’a pas correctement rempli son rôle de contrôle. »
Appel à la solidarité et responsabilité
« Arrêtons de nous rejeter la faute », ajoute Isabella Greco (PS). « On devrait être solidaires toutes et tous pour améliorer cette situation. La sécurité et la dignité des locataires, c’est ça la priorité. »
Mais quelqu’un devra payer pour ce qui n’a pas été fait et pour les victimes.
Concernant le mépris dénoncé par Mme Boninsegna, Tanguy Luambua rappelle qu’il avait répondu à une interview de la RTBF le lendemain.
Thomas Dermine annonce que dès le prochain conseil communal, il viendra avec des réponses : « Nous prenons nos responsabilités. »
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