Refusée par le gouvernement wallon, la taxe communale sur l’aéroport de Charleroi a animé les débats du conseil communal. Entre défense de l’emploi, finances locales et fiscalité jugée injuste, les positions restent très éloignées.
La décision du gouvernement wallon de refuser la taxe communale de 3 € par passager au départ de l’aéroport de Charleroi continue de faire des vagues. Lors du dernier conseil communal, la question a été largement débattue, tant pour ses conséquences budgétaires que pour ses implications économiques. Pour rappel, cette taxe devait rapporter environ 15 millions d’euros par an à la Ville. Le budget 2026 reste formellement à l’équilibre, mais ces recettes manquantes sont désormais compensées par une ponction dans les provisions communales, sur décision du gouvernement wallon.
Celui-ci justifie son refus par une volonté de protéger l’outil aéroportuaire. « On est dans une stratégie de renforcement de l’autonomie des sociétés de gestion et de diminution de leur dépendance aux subsides wallons. Pour négocier dans un contexte positif, il faut un minimum de stabilité financière et économique », a expliqué la semaine dernière Céline Neven (MR), ministre wallonne des Aéroports.
Nicolas Tzanetatos (MR-IC) a défendu l’annulation : « L’aéroport traverse une zone de turbulence. Après une taxe sur les compagnies au fédéral, vous aviez décidé de taxer l’aéroport de Charleroi. Le gouvernement wallon se mobilise pour défendre l'aéroport face à une hausse de la fiscalité fédérale qui menace l'emploi et l'attractivité économique. »
Le CEO de BSCA, Christophe Segaert, a confirmé le soulagement des acteurs : « Avec cette taxe, on aurait même craint la faillite. » Ryanair a également levé une partie de ses menaces de suppression de vols à l’annonce de l’annulation.
Défendre l’aéroport ou les finances communales ?
Selon Nicolas Tzanetatos, la position de la Ville de Charleroi reste contestable : « 15 millions d’euros, c’est plus que le profit attendu en 2027. L’aéroport est un acteur économique et attractif phare pour la région. Charleroi bénéficie de milliers d'emplois directs et indirects, de retombées touristiques majeures et d'une visibilité internationale liée à BSCA. Comment justifiez-vous cette taxe, qui ne voit heureusement pas le jour ? »
Mathieu Marchal (PTB) rappelle que son groupe est favorable à taxer les entreprises, mais insiste sur les effets négatifs pour l’emploi : « Ici, ça fragilise l’emploi et crée une inégalité envers d’autres sociétés qui ont un chiffre d’affaires équivalent et pas de taxes ciblées. Ryanair a fait 160 millions de bénéfices. À Charleroi, le bénéfice par passager est 3 à 4 fois plus grand que dans d’autres aéroports européens. On se trompe d’ennemi. »
Isabella Greco (PS) pointe aussi la taxe fédérale d’embarquement : « Elle fait peser une menace réelle sur l'attractivité et l'équilibre économique de l'aéroport. Comment allez-vous défendre l’intérêt de la Ville ? Et l’emploi ? »
La position du bourgmestre
Thomas Dermine (PS), bourgmestre de Charleroi, a rappelé son raisonnement fiscal : « La réflexion de la majorité était simple : nous pouvions taxer les PME ou les citoyens. Pour éviter cela, nous avons choisi l’aéroport. Pourquoi ? Il n’est pas mobile (pas de risque de se délocaliser suite à la taxe), il génère des externalités, avantages d’emploi mais aussi nuisances, et il fallait compenser. »
Le bourgmestre dénonce également un problème structurel : « Le vrai scandale, ce sont 30 millions de subsides et 25 millions de bénéfices. Ces 25 millions ne sont pas réinvestis, mais distribués. À 49 %, ça repart dans les poches d’investisseurs privés italiens. On subventionne avec de l’argent public quelque chose qui repart dans des mains privées. »
Il distingue enfin sa taxe communale de la taxe fédérale : « La taxe fédérale touche la compagnie, la nôtre non. Ryanair n’avait donc pas à craindre notre taxe. BSCA pouvait l’amortir. Ce n’est pas l’outil économique que le gouvernement défend, mais simplement ses subsides à BSCA qu'il compte diminuer. Le vrai motif de l’annulation n’est pas celui avancé. »
Répliques et inquiétudes
Nicolas Tzanetatos insiste : « Ryanair ne s’en fout pas. Si un opérateur comme BSCA se voit taxer au-delà de ses bénéfices, cela aura des répercussions sur les autres opérateurs. Et sans BSCA, l’attractivité de la Ville est compromise. »
Mathieu Marchal ajoute : « Il faut réellement s’inquiéter de la privatisation de l’aéroport. Ce serait une tragédie pour la région. Mais qui a signé les conventions qui permettent à cet acteur privé de toucher tous les bénéfices de l’aéroport ? Vous étiez au pouvoir, il aurait fallu y réfléchir à ce moment-là. Aujourd’hui, votre taxe ne servait qu’à embêter la Région. Et n’oubliez pas que des emplois sont menacés. »
La Ville n’a pas encore reçu les arrêtés formels du gouvernement wallon détaillant les motifs précis de l’annulation. « Quand nous les aurons, nous analyserons la situation avec nos conseils juridiques et nous prendrons une décision », indique Thomas Dermine, sans exclure un éventuel recours.
Le débat reste donc ouvert, dans un contexte où la Région wallonne a par ailleurs demandé au Premier ministre de lancer une concertation sur l’augmentation de la taxe fédérale d’embarquement. La Ville de Charleroi espère que cette taxe fédérale pourrait, à terme, connaître le même sort que la sienne.
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