La Sambrienne au cœur du conseil communal : un dossier décortiqué et vivement débattu

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La Sambrienne au cœur du conseil communal : un dossier décortiqué et vivement débattu

Les révélations de la RTBF sur La Sambrienne ont relancé le débat au conseil communal de Charleroi. Gestion, responsabilités politiques et avenir du logement social ont opposé majorité et opposition.

Les révélations du magazine Investigation de la RTBF sur La Sambrienne font couler beaucoup d’encre depuis plusieurs semaines. Ce lundi, le dossier est revenu sur la table du conseil communal de Charleroi. L’occasion pour la majorité PS de faire le point, et pour l’opposition MR-IC de dénoncer ce qu’elle qualifie de « gestion socialiste ».

Pour rappel, le mois dernier, la RTBF s’est penchée sur la situation de La Sambrienne, principale société de logements sociaux de Charleroi. Son enquête met en lumière des logements dégradés, parfois insalubres, des familles en grande difficulté, mais aussi des habitations inoccupées malgré une forte demande. Le manque de moyens pour rénover un parc immobilier vieillissant est pointé du doigt, tout comme les incendies, parfois d’origine criminelle, qui renforcent le sentiment d’insécurité. Déjà débattu en janvier, le sujet a une nouvelle fois donné lieu à de nombreux échanges.

Une réunion attendue et des réponses demandées

À la suite du précédent conseil communal, le bourgmestre Thomas Dermine (PS) avait convoqué le comité de direction de La Sambrienne et soumis une série de questions en présence du comité de gestion. Lors de la séance de ce lundi, Isabella Greco, conseillère communale et cheffe de groupe PS, a demandé un retour sur cette réunion. « Il faut objectiver un maximum les éléments. C’est le rôle de la Ville en tant qu’actionnaire à 60 % de La Sambrienne », a-t-elle déclaré.

Du côté du MR-IC, le ton est plus critique. Jean-Noël Gillard, conseiller communal et chef de groupe, souligne l’urgence de la situation : « De nombreux témoignages nous parviennent. Nous savons ce que vivent les locataires. La sécurité et la salubrité ne peuvent plus attendre le compte rendu d’une réunion. » Il ajoute : « Votre majorité est largement représentée dans les instances décisionnelles de la société. Vous disposez donc, depuis le début du mandat, de leviers internes pour influencer sa gestion. »

Les Engagés et le PTB se sont également joints aux demandes de clarification. Tous les groupes ont exprimé leur soutien aux travailleurs de La Sambrienne, confrontés à une situation particulièrement difficile.

Des millions de subsides en question

« L’histoire se répète, 20 ans après l’affaire de la Carolorégienne ! » Le conseiller MR-IC Nicolas Tzanetatos a, lui, interpellé le collège sur les importantes pertes financières autour du dossier. Il évoque notamment la perte récente de plus de 3 millions d’euros de subsides régionaux destinés à la construction de nouveaux logements dans le sous-quartier « Solaire » à Marcinelle.

Avant cela, La Sambrienne a également failli perdre près de 3 millions d’euros supplémentaires en raison de retards administratifs. Selon la RTBF, un directeur de la Société wallonne du Logement serait intervenu dans un logiciel informatique afin de prolonger ce subside arrivé à échéance depuis 5 ans, en affirmant avoir obtenu l’accord de la ministre. Un audit externe a depuis été ordonné.

« À cela s’ajoutent 46 millions d’euros de subsides non utilisés dans le cadre du plan de rénovation 2020-2024, alors que les besoins en logements décents à Charleroi sont immenses », a rappelé Nicolas Tzanetatos.

Soupçons de conflit d’intérêts 

Le conseiller MR-IC a également pointé la présence de Maxime Felon au sein du collège communal, aujourd’hui échevin, mais ancien président de La Sambrienne. « Une instruction judiciaire et une information judiciaire sont en cours. Il y a un malaise. En menant votre propre enquête, vous pourriez transmettre à un membre du collège des éléments susceptibles d’être utilisés dans ce cadre judiciaire s'il doit répondre ou être entendu », a-t-il déclaré.

La présidente du conseil communal, Nathalie Monforti, avocate et ancienne bâtonnière, a tenu à recadrer le débat : « L’instruction concerne un incendie, avec un suspect interpellé, et non une question de responsabilité des instances. Les informations évoquées ici ne sont pas confidentielles. » Des propos confirmés par le directeur général de la Ville, Lahssen Mazouz.

Clarifications du bourgmestre et suites annoncées

Le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine, a répondu à l’ensemble des questions soulevées lors du conseil communal à travers un exposé de plusieurs minutes. L’objectif, précise-t-il, n’était « pas de réaliser un audit », mais bien « de faire un effort de clarification et de compréhension des faits relatés dans le reportage de la RTBF ». Ce rapport sera d’ailleurs transmis à la ministre de tutelle, comme contribution locale à la réflexion en cours sur la réforme du logement.

Dans un premier temps, le bourgmestre a tenu à clarifier les responsabilités en matière de logement, en rappelant le cadre légal applicable à la Ville. En matière de sécurité et de prévention incendie, la responsabilité incombe à tout propriétaire de logements collectifs, en l’occurrence, la société de logements publics La Sambrienne. Les contrôles sont réalisés par la Zone de secours Hainaut-Est (ZOHE), mais uniquement à la demande du propriétaire. Concernant la salubrité, la responsabilité est également celle du propriétaire. Il n’existe pas d’obligation de contrôle systématique. En revanche, le Service Logement de la Ville peut intervenir à la suite de plaintes et procéder à des visites de contrôle, pouvant mener, si nécessaire, à un arrêté d’inhabitabilité pris par le bourgmestre.

Cas par cas

Thomas Dermine est ensuite revenu sur chacun des cas évoqués dans le reportage de la RTBF afin de faire le point sur l’état d’avancement des dossiers. Le premier cas cité, celui de Monsieur Motte, devrait ainsi connaître une issue prochaine : un relogement dans un logement sain est prévu d’ici le 1er mars 2026. Une visite du service technique du Service Logement avait été effectuée en octobre 2025, constatant la non-conformité du logement géré par La Sambrienne. Un arrêté d’inhabitabilité était en préparation à la fin de l’année 2025.

Autre situation particulièrement marquante : celle d’un incendie mortel. Le reportage révélait notamment l’absence de déclencheurs d’alarme incendie à chaque étage. Sur ce point, le bourgmestre rappelle que la Ville avait sollicité, dès août 2025, une intervention de la zone de secours pour un contrôle de prévention incendie.

« Plus largement, ce reportage doit nous interroger au-delà de nos compétences strictes en matière de sécurité, de prévention incendie et de salubrité », souligne Thomas Dermine. « On constate que, dans plusieurs situations graves, les problèmes n’ont pas été signalés par les citoyens. Nous devons au minimum travailler sur la communication à ce sujet. Il faut aussi renforcer le travail avec la Ville et la Région sur l’avenir de certains quartiers prioritaires. »

Le bourgmestre a conclu son intervention en pointant une problématique plus large encore : la perte de lien et de contrôle social, mise en lumière par ce reportage, et qui dépasse le seul cadre administratif.

Des échanges encore tendus

Denis Ducarme, conseiller MR-IC, a d’abord remercié le bourgmestre pour sa présentation, avant d’estimer qu’elle relevait, à certains égards, d’un « écran de fumée ». Selon lui, la Ville n’exerce aucun pouvoir de tutelle sur La Sambrienne et ne devrait pas, dès lors, se substituer à l’analyse de la Région. Le conseiller a également dénoncé un manque de prise de responsabilité politique de la majorité socialiste. « Quand on passe à côté de 45 millions d’euros de subsides, des questions se posent. Celles de la responsabilité politique. Et à aucun moment, vous ne la posez : vous ne parlez que de gouvernance », a-t-il lancé. Le MR-IC rappelle par ailleurs que, depuis 15 ans, la présidence de La Sambrienne est assurée par des responsables socialistes. « Les deux présidents, l’actuel et l’ancien, sont présents et ne disent rien. Votre gestion est antisociale : vous avez laissé les plus démunis vivre dans la moisissure et l’insécurité », a poursuivi Denis Ducarme, annonçant que son groupe demanderait la démission du président PS de La Sambrienne. Il a enfin souligné qu’un conseil d’administration prévu mardi serait, selon lui, le lieu adéquat pour poursuivre le débat.

Pauline Boninsegna, cheffe de groupe PTB, a vivement réagi aux propos du MR-IC. « Je trouve scandaleux, pour les locataires et les travailleurs, de vouloir renvoyer le débat à un huis clos », a-t-elle déclaré, dénonçant les positions changeantes du groupe MR-IC. La conseillère est ensuite revenue sur l’argument du bourgmestre concernant la taille importante du parc immobilier de La Sambrienne, qui compliquerait sa gestion. « C’est effectivement un parc énorme. Mais la solution avancée consiste à le réduire, alors même que les demandes de logements abordables sont très nombreuses. Ce n’est pas une solution », a-t-elle estimé. Elle a réitéré sa demande d’un plan d’actions concret de la part de la Ville, incluant notamment la mise en place d’une cellule de crise. « Ce n’est pas qu’une question de communication. Et pour rappel, la Ville dispose d’un droit d’initiative en matière d’incendies et de prévention incendie », a-t-elle ajouté.

Nicolas Tzanetatos, conseiller MR-IC, a ensuite pris la parole pour saluer le travail réalisé en l’espace d’un mois. « Bravo. Voilà ce qu’on peut faire en un mois, ce que le conseil d’administration, les présidents et le comité de gestion n’ont pas su le faire en 10 ans », a-t-il ironisé. Il a également demandé au collège de tenir compte des nombreux autres cas, non évoqués dans le reportage de la RTBF, mais qui nécessitent eux aussi une analyse et une prise en charge rapides.

Enfin, Isabella Greco, conseillère et cheffe de groupe PS, a regretté que le MR-IC multiplie les critiques sans participer aux groupes de travail mis en place. « Pour critiquer, il y a du monde. Pour travailler, beaucoup moins », a-t-elle lancé. Elle a également réagi aux propos du PTB, estimant que la solution ne résidait pas dans une diminution du nombre de logements, mais peut-être dans une réorganisation du parc via plusieurs sociétés de logement. « Arrêtons de nous battre pour distribuer des points verts et rouges aux partis. Mettons-nous autour de la table, travaillons ensemble et ne profitons pas de cette enquête pour remettre en cause l’existence des logements sociaux, qui sont essentiels », a-t-elle conclu.

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