Les acteurs du secteur de l'aide alimentaire en Wallonie et à Bruxelles ont lancé lundi la campagne #FrigoVide destinée à dénoncer "l'explosion" de la précarité alimentaire et "l'épuisement" des services qui ont de plus en plus de mal à y répondre.
Ils appellent les gouvernements à prendre des mesures urgentes. Depuis le 1er janvier, 180.000 personnes sont progressivement exclues du chômage et beaucoup sont encore dans l'attente d'aides sociales. Les centres d'aide alimentaire sont donc de plus en plus sollicités et estiment que le besoin d'aide alimentaire s'installera dans la durée.
Le secteur rappelle également que plus de 600.000 personnes dépendent déjà de l'aide alimentaire en Belgique, avec une hausse de plus de 30% depuis la crise liée à la pandémie de Covid-19. Sur le terrain, les acteurs constatent que les récentes réformes précarisent particulièrement les familles monoparentales, les femmes, les futurs retraités ou encore les jeunes sans expérience professionnelle. Selon un récent rapport de l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), 14% des femmes en Wallonie déclarent notamment s'être privées de manger pour nourrir un enfant ou un proche.
Les centres d'aide alimentaire sont à bout de souffle et cette tendance est aggravée par la diminution de leur financement. Le gouvernement fédéral ne finance plus l'achat de produits essentiels qu'à hauteur de 15 millions d'euros, contre 27 millions en 2025. Les subsides facultatifs des CPAS et de la Région wallonne pour l'aide alimentaire ont aussi été supprimés. Dans cette situation, certaines structures de distribution de colis alimentaires ont été contraintes de fermer et d'autres ne savent pas si elles passeront l'année.
À travers sa campagne #FrigoVide, le secteur entend "rendre visible la crise actuelle et rappeler que l'accès à l'alimentation est un droit fondamental que l'État doit garantir". L'initiative est portée à la fois par des associations d'aide alimentaire, des services sociaux et des personnes directement concernées par la précarité alimentaire.
Jusqu'au 27 février, des affiches seront visibles dans les lieux de distribution, où des flyers seront aussi distribués. La campagne s'articule également autour de témoignages, de rencontres de terrain et d'une mobilisation sur les réseaux sociaux, notamment au travers du hashtag #FrigoVide.
"Le secteur de l'aide alimentaire est plus que jamais sous pression, notamment au niveau de l'approvisionnement des centres", a expliqué Camille Englebert, représentante wallonne de la Concertation Aide Alimentaire à la Fédération des Services sociaux. "Qui plus est, la remise en question des Aides à la promotion de l'emploi et des Articles 60 fragilisent le fonctionnement des structures, alors que la demande ne cesse d'augmenter."
"Nous demandons aux pouvoirs publics de prendre conscience de la situation et de réagir", a-t-elle ajouté. "Cela concerne le fédéral qui doit allouer les moyens nécessaires, mais aussi les Régions. En Wallonie, nous n'avons plus eu d'aide spécifique depuis les huit millions d'euros dégagés en 2023 par l'ancienne ministre de l'Action sociale, Christie Morreale."
La réduction de 12 millions d'euros des moyens mis à disposition du secteur par le fédéral via le Fonds européen d'aide aux plus démunis a déjà des conséquences très visibles sur le terrain. "Les quantités livrées sont en nette diminution et nos frigos se vident peu à peu, alors qu'on sent que les réformes amènent une recrudescence de la demande", a regretté Emmanuelle Pire, employée administrative à l'ASBL Une Main tendue à Namur. "Nous sommes aussi passés de 27 à 14 produits différents livrés par an et ceux qui se destinaient principalement aux enfants ont disparu. Nous vivons encore en partie sur nos stocks de 2025, mais nous peinons désormais à fournir huit produits différents chaque semaine."
La situation des centres d'aide alimentaire est d'autant plus compliquée que leurs autres sources d'approvisionnement et de financement s'amenuisent également. "Ce n'est pas seulement notre dotation fédérale qui est en diminution", a commenté à ce sujet Emmanuelle Pire. "Les invendus mis à notre disposition par les grandes surfaces sont également en baisse, tout comme les aides financières que nous recevons de privés pour assurer notre fonctionnement. Dans ce contexte, nous avons été contraints d'augmenter le prix des colis alimentaires, qui est passé de trois à quatre euros le 1er février. Il y a donc urgence pour que le secteur puisse subsister."
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