L'accident et non l'intention de tuer: telle est la thèse défendue par Me Frank Discepoli devant la cour d'assises du Hainaut dans le procès de Paolo Falzone.
L'avocat a longuement contesté les conclusions de l'accusation et des parties civiles, appelant les jurés à ne pas céder aux "certitudes" avancées depuis le début des débats par les parties adverses.
Selon la défense, plusieurs éléments du dossier empêcheraient de conclure à une volonté délibérée de percuter le groupe de carnavaliers. Me Discepoli a notamment rappelé qu'il n'avait pas été possible de localiser avec précision toutes les victimes sur la chaussée ou le trottoir et que les experts n'avaient pas pu établir la trajectoire exacte de la BMW. Il a également souligné les dimensions de la voirie, estimant que les conclusions du ministère public étaient parfois hâtives.
L'avocat a contesté l'existence d'une intention homicide au moment de l'impact. Il a relevé que le juge d'instruction n'avait pas retenu cette qualification, alors même que Paolo Falzone avait reconnu une conduite irresponsable susceptible d'avoir des conséquences mortelles. Comparant la situation à celle d'un conducteur ivre ou d'un automobiliste roulant à vive allure dans une zone limitée, Me Discepoli a estimé que la prise de risque ne pouvait être assimilée automatiquement à une tentative de meurtre.
La défense rejette également tout parallèle avec l'attentat de Nice du 14 juillet 2016. "Paolo Falzone n'a pas foncé délibérément dans une foule dans le but de faire un maximum de victimes", a soutenu l'avocat. Selon lui, le nombre de personnes touchées ne suffit pas à démontrer une intention de tuer.
Me Discepoli a insisté sur plusieurs éléments qu'il juge incompatibles avec une action préméditée. Il a notamment évoqué la vidéo enregistrée à bord du véhicule, qui montre selon lui que le conducteur filmait son tableau de bord plutôt que la route. Il a aussi mis en avant l'absence de signalisation spécifique sur le parcours du ramassage des Gilles, malgré les prescriptions communales, ainsi que la possibilité que Paolo Falzone n'ait pas eu connaissance du carnaval en cours.
L'avocat a encore souligné que la musique diffusée à fort volume dans la voiture pouvait avoir masqué les bruits extérieurs. Le "ho ho" audible juste avant l'impact constituerait, selon lui, un signe de surprise, conformément aux conclusions des experts.
Concernant le décès du Gille Frédéric D'Andrea, la défense a demandé à la cour d'examiner séparément cette séquence. Les parties civiles et l'accusation soutiennent que Paolo Falzone a volontairement freiné pour faire tomber la victime avant de lui rouler dessus. Me Discepoli affirme au contraire que le dossier ne permet aucune certitude. Il rappelle que les experts n'ont jamais conclu à une accélération volontaire au moment du passage sur le corps et que la visibilité du conducteur était fortement dégradée par un pare-brise entièrement fissuré.
L'avocat a finalement invité les jurés à s'interroger sur trois questions essentielles : Paolo Falzone pouvait-il réellement voir devant lui ? A-t-il effectivement aperçu le Gille ? Et le ralentissement observé résulte-t-il d'un freinage volontaire ? Selon la défense, le doute demeure sur chacun de ces points, y compris sur l'hypothèse de préméditation avancée par l'accusation.
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