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Les femmes ont-elles leur place dans les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse?

Dans les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse, certaines compagnies acceptent les femmes en tant que cantinière ou vivandière, d’autres leur interdisent tout simplement de marcher. Doit-on accepter cette discrimination au nom du folklore et de la tradition? Une de nos équipes s'est rendue à un débat organisé par le collectif Femmes en marche pour tenter de comprendre les positions de chacun. 

Femmes en marche, pourquoi?

En septembre 2019 lors de la St-Feuillen, Alexandra Collin est la première femme à être tambour-major dans une marche de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Rapidement, c’est la polémique. Il faut dire que si de nombreux hommes marchent dans les rangs, les femmes sont généralement en arrière-plan. A Gerpinnes, le collectif Femmes en marche milite pour faire changer les choses.

"On naît au son des tambours, on y participe comme nos frères et nos cousins. On a évolué là-dedans, on est des passionnés de folklore. On aimerait beaucoup pouvoir y participer et que cela ne crée pas de polémique. Cela nous semble en 2020 tout à fait normal" explique Margaux Joachim, membre du collectif Femmes en marche

La femme participe à sa manière…

Il y a ceux qui sont pour ou pour à certaines conditions et ceux qui sont contre. A Gerpinnes, trois compagnies (Hymiée, Gougnies et Gerpinnes-centre) interdisent aux femmes de marcher. 

"On a eu un héritage transmis par nos pères et nos grands-pères. Franchement, jusqu’il y a peu, personnellement je ne me suis pas penché sur le sujet" confie Michel Robert, échevin du folklore à Gerpinnes. Avant d’ajouter : "La femme a une place prépondérante. Peut-être pas comme l’entendent certaines. Une femme de marcheur aide son compagnon, son gamin. C’est la fête, c’est vrai qu’elles travaillent et qu’elles font à manger. Mais elles participent pleinement aux festivités." 

Quand on veut marcher, on peut!

Dans la salle, on retrouve des femmes qui ne partagent pas l’avis du collectif. Nathalie vient de Gougnies. Dans son village, une femme ne peut pas marcher. Elle a alors trouvé une autre solution. 

"J’ai grandi dans un village où on ne voulait pas des femmes à Gougnies. Chacun sa façon de voir et eux n’acceptent pas les femmes. Je suis amoureuse du folklore depuis toute petite. Je voulais marcher, j’ai réussi à marcher! Je me suis présentée au cassage de verre à Villers-Poterie et j’ai eu ma place. Je profite de mon folklore en tant que femme autant que les hommes" détaille Nathalie Hoho, vivandière dans la compagnie de Villers-Poterie. 

Et quand on lui pose la question : "Est-ce que cela vous choquerait de voir une femme avec un fusil dans votre compagnie?" Sa réponse est claire : "Enormément! Pour moi, les femmes ont leur place. Elles ont énormément de possibilité de marcher. Peut-être pas dans toutes les compagnies mais dans beaucoup de compagnies de la région. Un homme a un fusil et une femme a un tonneau. Un homme avec un tonneau, cela me choquerait!"

Quid de l’aspect historique? 

Autre point : il n’y aurait pas assez de place pour toutes! Puisque la présence des femmes est quantifiée. Un autre argument souvent avancé est l’aspect de la reconstitution. Un petit rappel historique s’impose.

"Les femmes de tout temps ont participé à accompagner ses reliques à travers Gerpinnes et les autres villages. Le débat s’étend dans tout l’Entre-Sambre-et-Meuse. Pour nous, c’est donc un faux argument. On pense aussi que la tradition doit évoluer" déclare Margaux Joachim.

"C’est un folklore, on n’est pas dans une reconstitution. On est dans les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse. On doit vraiment se dire que oui les femmes ont leur place dans les rangs. Maintenant, quel est la manière? Ce genre de discussion qu’on a eue aujourd’hui, c’est important de l’avoir. C’est cela qui va faire évoluer les choses. Plutôt que de savoir oui ou non les femmes doivent avoir leur place, c’est quel est leur place dans les marches?" analyse Nicolas Glogowski qui est porte-drapeau dans la compagnie de Gerpinnes-centre.

Et à la St-Roch de Thuin, comment cela se passe? 

Damien Bourguet fait partie de la compagnie St-Roch. Dans sa compagnie, on considère que respect et folklore sont indissociables. La tradition doit évoluer pour rester en phase avec notre société. Sans cela, elle court à sa perte. Durant un an et demi, des groupes de travail ont planché sur la question. La compagnie vient de changer ses statuts mais doit tout de même respecter le cahier de charges de l’association des marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse. 

"Pas de femme en habit de soldat masculin, pas de femme musicienne dans les batteries. Mais par contre, nous avons modifié les statuts pour améliorer l’égalité homme-femme dans la marche" explique Damien Bourguet, adjudant de la 5ème infanterie de la compagnie St-Roch. 

Parmi les changements au sein de la compagnie St-Roch à Thuin, les droits des cantinières ont été revu notamment en ce qui concerne la limite d’âge. Des postes à responsabilité ont été créés comme une cheffe vivandière ou une cheffe cantinière. Enfin, le nombre de places a été augmenté que ce soit pour les jeunes filles ou pour les femmes qui n’avaient pas eu l’occasion de marcher vu le manque de place.

Une problématique qui risque de ne jamais mettre d’accord tout le monde. Le débat est d’autant plus paradoxal à Gerpinnes puisque, pour rappel, Ste-Rolende est décédée en 774 à Villers-Poterie en fuyant le patriarcat.


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