C’est sans doute paradoxal, mais le 1er novembre, à l’heure où l’on célébrait nos morts, c’est à une véritable renaissance à laquelle on a assisté à Charleroi.
Le salon des Arts ménagers a rejailli de ses cendres tel un phénix populaire que visiblement une bonne partie de la population carolo attendait puisque le succès de foule est au rendez-vous depuis l’inauguration.
Une inauguration qui correspondait aussi à celle du Grand Palais d’ailleurs où l’on espère voir dans les années à venir de nombreux événements rassembleurs. En tout cas, vu le marasme ambiant, on a effectivement besoin comme de pain de se retrouver de partager des moments ensemble, des temps de réjouissances collectives.
Non pas pour oublier et occulter les difficultés socio-économiques en s’enterrant la tête dans le sable façon autruche ou en jouant la carte du déni en s’enivrant de fêtes aveuglantes comme si de rien n’était. Au contraire. Continuer à passer des moments de réjouissance ensemble, c’est résister, c’est faire preuve de résilience.
C’est se dire que malgré un monde qui nous incite tous à tomber dans une désespérance abyssale, il est encore possible d’y faire face fièrement en lui montrant que tout n’est pas mort. ça s’appelle cultiver la joie paradoxale. Précisément. Mais ça n’en est pas fondamental pour continuer à exister et surnager dans l’océan de boue qui nous submerge actuellement.
Dans son petit éloge de la joie tragique, le philosophe Clément Rosset nous incite à désapprendre à être malheureux. C’est notre seule porte de sortie. En clair c’est faire tout le contraire que ce que fait la cohorte de rageux sur ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui les réseaux asociaux. Dans le cadre de l’inauguration de arts ménagers, précisément, j’ai été stupéfait du nombre de commentaires négatifs expliquant qu’on devrait consacrer de l’argent à autre chose, que c’était too much vu la situation. Comme si on devait se passer de se réjouir parce que nous traversons une période très compliquée.
Comme s’il était désormais interdit de s’amuser, de consacrer du temps ou de l’argent à de la détente, de l’amusement ou du vivre ensemble. A tous ceux-là je reprendrai les mots de Jean d’Ormesson qui disait : “la vie est naturellement une vallée de larmes. Elle est aussi une vallée de roses. C’est une fête et un désastre.” Et dans son livre “C’était bien”, il ajoutait: "J’ai beaucoup ri. J’ai ri du monde et des autres et de moi. Rien n’est très important. Tout est tragique. Tout ce que nous aimons mourra. Et je mourrai aussi. La vie est belle.”
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