Cette semaine, L’Eden, le centre culturel de Charleroi, organisait une conférence qui avait pour thème : Comment résister à l’extrême droitisation de nos démocraties.
« Résister », c’est aussi le titre du livre très engagé de la journaliste française Salomé Saqué, qui était d’ailleurs au cœur de la conférence.
Résister à l’extrême droite. Fort bien, mais comment ? Car, à vrai dire, le phénomène — mondialisé avec l’avènement de l’internationale réactionnaire des Meloni, Trump, Le Pen, Orbán, Wilders, pour ne citer qu’eux — n’a jamais été aussi puissant. La preuve : il y a aujourd’hui plus de pays dans le monde qui vivent sous un régime autocratique que dans une démocratie. Une première… depuis les années 30, auxquelles d’ailleurs les spécialistes comparent souvent l’époque troublée que nous vivons actuellement.
On peut évidemment se demander quelles sont les causes de cette montée généralisée de l’extrême droite.
Elles sont évidemment multiples. L’une d’entre elles est la peur alimentée au quotidien par l’extrême droite : la peur de l’autre, de l’étranger, de tous ceux qui sont différents, et que l’on rend responsables de la crise socio-économique actuelle, dans un élan de repli sur soi qui serait, selon les crypto-fascistes, la seule solution pour sauver nos sociétés traditionnalistes. L’extrême droite est raciste, homophobe, masculiniste.
Une deuxième raison de la montée de l’extrême droite, selon Salomé Saqué, c’est l’élargissement de la fenêtre d’Overton. Ce fameux cadre dont certains sujets étaient exclus jusqu’il y a peu et que l’extrême droite a réussi à banaliser. Aujourd’hui, en France par exemple, les cercles catholiques d’extrême droite sont parvenus à faire revenir dans le débat public la remise en cause du droit à l’avortement, qui paraissait pourtant acquis et indiscutable depuis longtemps.
Tout cela, bien sûr, avec l’aide de cette formidable chambre d’écho que sont les réseaux algorithmés et certains médias rachetés par des milliardaires désireux de favoriser l’extrême droite. C’est le règne de la fake news, de l’opinion qui prend la place des faits. L’avènement de la post-vérité.
Et puis soyons clairs: on a laissé trop de place à l'extrême droite. A double titre. D’abord, parce que les partis traditionnels ne se sont pas emparés de manière suffisante de thématiques qui font aujourd’hui les choux gras de l’extrême droite, dont l’immigration : un boulevard pour les extrémistes qui, de surcroît, arrivent avec des solutions simplistes et facilement compréhensibles, bien que, la plupart du temps, totalement irréalisables.
Ensuite, parce qu’en de nombreux endroits, explique encore Salomé Saqué, certains partis traditionnels ont repris à leur compte certaines thématiques chères à l’extrême droite, quand ils ne prônent pas carrément une alliance.
Alors finalement, comment résister ?
D’abord en s’accrochant à la vérité scientifique, aux faits, à la rationalité, au concret.
Et puis il y a la fameuse joie paradoxale. Continuer à s’amuser, à profiter de la vie, sans culpabiliser, et faire face, torse bombé, à un monde que l’extrême droite veut nous faire haïr sous toutes les coutures.
Rire, aimer, partager, c’est résister. Ne pas baisser les bras en se disant que, de toute façon, ce monde est perdu et sans espoir, c’est résister. Vivre des émotions collectives, vivifier le sens de la communauté, c’est résister.
Et parfois même, on gagne.--
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