Dur, dur les examens par temps de Covid-19 (vidéo)

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Des serveurs surchargés, des examens qui s’arrêtent un quart d’heure avant la fin, des étudiants qui n’ont pas la possibilité de répondre à toutes leurs questions ou simplement de relire, des délais raccourcis, des dispositifs anti tricherie, des examens blancs illisibles, bref les étudiants du supérieur galérent durant cette session hors norme. 

Ce sont plus de 100 000 étudiants qui passent actuellement leurs examens universitaires exclusivement en ligne.  Un exercice inédit qui plonge la plupart d'entre eux dans un climat de stress intense et leur donne un profond sentiment d'inégalité.

L’Université Catholique de Louvain explique

A l’UCL, les chiffres sont impressionnants : 2 200 examens ; 200 000 copies d’examens dont 99 % à distance; 32 000 étudiants ; 50 informaticiens pour encadrer les examens (help desk, serveurs, support sur place, etc.) et 1000 PC sur sites. Un dispositif choisi et géré par l’équipe de Benoit Raucent, directeur du Louvain Learning Lab.

« Les professeurs ont pu choisir entre différentes plateformes d’évaluation de la plus simple pour la remise de travaux et d’évaluations continues, à celle destinée à faire l’examen à heure dite pendant une période bien délimitée.  Il y a aussi la version plus sophistiquée  avec vidéo de surveillance. Enfin, l’examen oral en ligne.  Et puis pour le confort de tous, des espaces ont été dédiés sur site pour passer les examens dans le respect des consignes sanitaires. »

Cinq types de logiciels et de plateformes ont été utilisés, après comparaison et essais, pour ces examens à distance : Teams, Moodle, TestWe, Gradescope et WiseFlow. 1/3 des cours ont eu lieu sans examens, 1/3 des cours avec un examen à distance écrit et enfin 1/4 des cours avec un examen à distance oral

« Il faut se rendre compte que dans tout système d’évaluation, il y a des problèmes.  Ici on est avec un petit pour-cent de problèmes techniques où il a fallu recommencer.  On sait évidemment que ça engendre un stress important chez l’enseignant comme chez l’étudiant, c’est pourquoi on a augmenté très substantiellement le helpdesk »

Des étudiants entre stress et démotivation

Un pour cent sur 32 000 étudiants cela représente quand même 320 jeunes en difficultéMaxime fait partie de ceux-là. Il est en première année de psychologie, et son premier examen en ligne lui a laissé un goût amer. 

« Pour ce premier examen c’est surtout le temps qui m’a manqué. Les délais ont été raccourcis pour de nombreuses épreuves afin d’éviter la tricherie.  J’ai dû répondre à deux questions ouvertes avec 15 minutes par question. En même temps, j’ai dû préparer mon mail de réponse. Avec un chrono qui tourne c’est stressant et surtout trop court. »

Et rebelote pour son deuxième examen

« Un examen important de 14 crédits, le cours fait 600 pages, nous avions 30 minutes pour répondre à 20 questions dont 5 avec sous-questions. Le temps de lire l’énoncé et de répondre. J’ai dû zapper 4 questions. »

Sur la plupart des blogs et des groupes sur Facebook, les étudiants se plaignent de ces modalités d’examen trop disparates. Ils regrettent un manque flagrant de temps et la diversité des plateformes n’arrangent rien. 

Les étudiants devaient recevoir les modalités d’examen mais elles sont arrivées très tard, les professeurs n’ont pas réussi à se décider sur le choix des plateformes, quant aux examens blancs, ils ont été un échec.  

« Chez nous, nous dit Maxime, l'application TestWe était préconisée depuis fin avril et à peine une semaine avant les examens, la faculté a déconseillé son utilisation suite aux différents problèmes rencontrés lors des examens "blancs".  Certains professeurs n'ont pas voulu changer et l'ont utilisée quand même.  Pour ce qui est des évaluations, les professeurs nous assurent qu’ils vont coter en fonction des circonstances, mais c’est toujours très subjectif évidemment

Une session chaotique 

Dans une autre université de la Fédération Wallonie Bruxelles, Aurélie, présente 10 examens durant cette session de Juin.  Lors des épreuves, ils sont entre 500 à 1200 élèves connectés quasi simultanément.

« Hier, j’ai réalisé mon 6ème examen, et c’est le troisième où il y a un bug informatique. Le tout premier, on était 1200 et on avait un horaire précis pour ne pas tous être connectés en même temps.  On avait deux heures pour le réaliser. Les étudiants qui se sont connectés vers 10h30 ont vu l’examen s’arrêter brutalement à midi.  10% de l’auditoire ont perdu une demi-heure d’examen. La session a été rouverte une demi heure plus tard pour ceux qui n’avaient pas eu le temps de finir, mais ce n'est pas la même chose forcément. » 

Aurélie a pu limiter les dégâts sur cet examen, mais sur un autre, il lui a manqué 3 questions sur 18. Des étudiants de sa faculté n’ont pas pu prendre connaissance de 5 à 6 questions. Bref, sur un même examen, les étudiants ne sont pas à égalité

« Les questions sont dans un ordre aléatoire et certains ont pu répondre à plus de questions que d’autres, donc les résultats seront forcément faussés »

La situation est pareille dans d’autres universités et Haute Ecole, Aurélie a pu recueillir plusieurs témoignages qui vont dans le même sens. 

« Moi j’ai continué à étudier comme si de rien n’était parce que je voulais vraiment réussir cette session, mais il y a des étudiants qui n’allant plus dans l’auditoire, se sont démotivés et ont repoussé le travail de jour en jour pour finalement parfois décrocher complètement»

De nombreux étudiants se sentent un peu seuls ! Cette situation joue sur leur moral, Aurélie était prête pour sa session alors lorsque son ordinateur se coupe pendant un examen, c’est la démotivation et la déception qui l’emporte. 

« J’ai bossé et au final je ne serai peut-être pas cotée comme les autres. »

Le doute des enseignants 

Les enseignants aussi se posent de nombreuses questions quant au succès de l’enseignement à distance.  Un professeur qui a souhaité rester anonyme nous dit douter de l’efficacité de cette formule. 

« J’ai fait le choix de ne pas faire d’examen virtuel. J’ai demandé aux étudiants de faire des travaux, j’ai envoyé des examens par mail avec un délai de trois jours, j’ai valorisé les collaborations. Je n’ai pas voulu entrer dans ce jeu des examens en solitaire et super stressants. »

L’examen en lui même est trop souvent considéré comme isolé,  hors, pour ce professeur, il n’est que l’aboutissement d’un travail de toute une année de cours, d’interactions, de préparations, de questions-réponses.  Dans un cursus normal, l’examen arrive en bout de course. 

« Ici, tout peut dysfonctionner, les étudiants ont pu ne pas suivre les cours (en ligne).  Une enquête de L’Assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL) montre que les milieux moins favorisés ont eu plus de difficultés à faire un quadri normal.  Il y a aussi des enseignants qui s’impliquent et d’autres qui ont juste donné un syllabus. Dans ces conditions, l’évaluation n’a plus de sens. »

Il y a aussi autant de façon de procéder que d’enseignants. Ceux qui ont voulu jouer le jeu du numérique à fond, et ceux qui ont revu leur modalité d’évaluation et envoyer des messages aux étudiants pour les rassurer 

"Ce qui stresse les étudiants c’est l’incertitude sur la matière, la manière de passer l’examen, ou d’être évalué." 

Ce professeur fait partie de ceux qui plaident pour une session de rattrapage en août ou septembre, en présentiel ainsi qu’une réforme en profondeur du secteur en association avec l’ensemble de la communauté universitaire.

Des revendications d’ores et déjà entendues par la Ministre MR Valérie Glatigny, en tout cas en ce qui concerne l’organisation de la seconde session de l’enseignement supérieur.

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