Nous l’apprenions la semaine dernière : le terrain acheté 1,6 million € par Humani vaut 5 fois moins. Après la décision du ministre des Pouvoirs locaux d’annuler la vente et de saisir la justice, c’est au tour de la Ville de Charleroi de réagir.
La saga Humani (rappel des faits ici) se poursuit : le terrain vaut 5 fois moins selon l’administration wallonne. La semaine dernière, le ministre wallon des Pouvoirs locaux, François Desquesnes, décide d’agir : il annule la vente et transmet le dossier au parquet. Un tournant qui n’a pas d’impact direct tant qu’une instance judiciaire ne se saisit pas du dossier. Il faut qu’un membre d’Humani, une commune actionnaire ou une partie concernée entame une procédure pour demander l’annulation définitive.
C’est pourquoi Nicolas Tzanetatos, conseiller MR-IC, a proposé lors du dernier conseil communal carolo de demander l’annulation de l’achat du terrain à Châtelineau par l’intercommunale Humani en raison des manipulations du conseil d’administration.
« En tant qu’actionnaire de l’intercommunale Humani, la Ville de Charleroi doit prendre des mesures fermes pour protéger les intérêts de la collectivité. Le fait qu’il y ait une rétention d’informations est constitutif. On rentre dans les conditions reprises par le Code civil, on peut réagir ! Ça sera, en plus, un bon signal envoyé aux Carolos, il faut montrer que nous surveillons ce que devient l’argent public. »
Le point a été amendé par la PTB, qui demande notamment d’inviter le président de l’intercommunale au conseil afin d’y voir plus clair quant à sa gestion. Mais si le MR et le PTB semblaient vouloir voter le point, le PS n’était pas du même avis.
Analyser avant d'annuler
Thomas Dermine (PS), bourgmestre de Charleroi, rappelle que la Ville a déjà mis en place certaines choses.
« On met tout en œuvre à la Ville pour comprendre ce qu’il s’est réellement passé à Châtelineau, mais aussi en savoir plus sur la stratégie immobilière de cette intercommunale. En concertation avec le ministre, nous avons décidé de prendre 3 mesures. »
À savoir :
- Nommer un nouveau président du conseil d’administration, afin de recadrer le fonctionnement
- Déléguer les pouvoirs spéciaux à un administrateur, Bernard Delaisse, pour instruire et faire la lumière sur les opérations immobilières d’Humani (premier rapport prévu dans 3 mois)
- Bernard Delaisse fera aussi partie du comité d’audit d’Humani, pour renforcer le contrôle et l’efficacité de sa mission d’audit
Concernant la proposition de demander l’annulation de la vente, selon le bourgmestre, ça ne tient pas la route juridiquement.
« Ce n’est pas en accord avec les décisions de la tutelle de la Région wallonne. La lumière doit être faite, mais la Ville de Charleroi ne doit pas se substituer aux instances d’Humani. C’est au sein de ces instances, du conseil d’administration, que les décisions doivent être prises. Sinon, le débat aura lieu dans tous les conseils communaux et chez les autres actionnaires. On ne peut pas voter une telle disposition en tant qu’actionnaire. Par contre, ce qu’on peut faire, c’est comprendre ce qu’il s’est passé. »
Thomas Dermine indique que si les intérêts de la Ville ont bien été lésés, la Ville sollicitera elle-même l’annulation de la vente, mais prône avant tout la transparence.
« Vous dites tout et son contraire, accuse Nicolas Tzanetatos, puisque dans la même phrase vous dites qu’on ne peut pas demander l’annulation, et puis vous dites que vous pourrez le faire à l’avenir ! On peut annuler l’achat de terrain. Et on peut l’imposer respectivement aux administrateurs PS, MR et Engagés. »
« Plusieurs administrateurs disent qu’ils ont été manipulés ! C’est une opportunité politique de réagir », regrette Pauline Boninsegna.
« Est-ce que le conseil d’administration a eu les informations nécessaires au moment de la décision ? C’est ça la question, et c’est ça qu’on veut savoir. Si on a le moindre élément de doute qu’il y a eu manipulation, on sollicitera l’annulation de la vente. »
Thomas Dermine s’est engagé, pour juin 2025, de transmettre un rapport complet et transparent au conseil d’administration qui pourra prendre une décision.
Le point n’a donc pas été approuvé, mais a suscité beaucoup de débats. Le sujet n’a pas fini de faire parler de lui.
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