Cette semaine, l’Union des Villes et Communes de Wallonie a annoncé la création d’un réseau des élues locales. Une initiative soutenue par le ministre wallon des Droits des femmes.
L'idée est de renforcer la place et le rôle des élues dans la vie politique locale, de favoriser des parcours politiques durables et d’encourager l’émergence de nouveaux leaderships féminins au niveau local.
Pourtant, la place des femmes en politique ne devrait plus jamais être un sujet de discussion. Car tant qu’on en discutera, tant que ce genre d’initiative sera nécessaire, c’est qu’on considère qu’il y a matière à débat. Et pour que ce débat disparaisse de la sphère sociopolitique, il faut prendre des mesures qui assurent qu’un jour, peut-être, cela devienne un non-sujet.
Pourquoi cette différence de traitement entre hommes et femmes ?
;C’est avant tout le regard que nous, hommes, portons sur les femmes qui se lancent en politique qui induit une sorte de remise en cause, fût-elle inconsciente, soit de leurs capacités, soit de leur motivation. Un regard totalement biaisé par des siècles de domination masculine sur les appareils du pouvoir.
Et les avancées réalisées depuis 100 ans dans la reconnaissance de cette évidence — le rôle fondamental des femmes en politique ou dans la réflexion sociale et citoyenne — cachent très mal les résistances farouches d’une bonne partie des hommes à l’accession des femmes aux responsabilités.
Certains, aujourd’hui, en 2026, ne se contentent pas en effet de remettre en cause la place des femmes en politique, mais les agressent parfois verbalement. Y compris au sein même des enceintes politiques comme les parlements ou les conseils communaux. Sexisme ordinaire, allusions salaces, dénigrement. « Retourne dans ta cuisine », « Va t’occuper de tes gosses ». Récemment, la ministre flamande du Logement, de l’Énergie et du Climat, du Tourisme et de la Jeunesse est la cible de commentaires haineux en ligne, suite à l’annonce de son congé maternité.
En direct ou bien au chaud derrière leur PC, dans l’anonymat des réseaux sociaux qui, décidément, permettent tout, les attaques envers les femmes politiques continuent de se multiplier. Et la tendance actuelle au regain de masculinisme datant d’un autre âge n’est pas là pour arranger les choses.
Alors qu’on pourrait espérer, au XXIe siècle, ne plus en parler, il faut au contraire taper sur le clou, légiférer, garantir que la place des femmes en politique, mais aussi leurs conditions de travail au sein même des institutions, soient renforcées et même sanctuarisées. C’est désolant, mais c’est ainsi. Il y a eu les quotas sur les listes électorales, mais aussi au sein des parlements, des gouvernements, des collèges communaux. Récemment, une proposition de décret a été adoptée : il y a quelques semaines, grâce à un vote, les élues locales peuvent désormais bénéficier d’une allocation de maternité sans devoir suspendre leur mandat. Et aujourd’hui, ce réseau d’élues locales vient renforcer la place des femmes en politique. Tout cela va dans le bon sens.
Bref, il y a encore du boulot, et pas que sur le plan légal. Mais aussi, et surtout, dans les mentalités. Faute de quoi, comme le dit la chercheuse du CRISP Caroline Sägesser, la dureté de la vie publique risque de n’attirer que des « profils solides, voire asociaux pour survivre ». Et dans le contexte actuel, c’est certainement la dernière chose dont nos démocraties ont besoin.
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