Cette semaine, le couperet est tombé : la brasserie du Val de Sambre a déposé le bilan après des années d’errance financière. Un sale coup de plus pour l’emploi dans notre région, qui accumule les disparitions d’entreprises symboliques.
Car la brasserie du Val de Sambre n’était pas n’importe quelle brasserie. Elle a une histoire qui remonte au Moyen Âge, lorsque les moines ont commencé à brasser. Au XXe siècle, l’ADA fut une bière très appréciée et constituait une véritable marque de fabrique, porteuse de notre passé et de notre attractivité touristique. On allait à l’abbaye d’Aulne boire une Ada, comme on va à Maredsous pour son cadre et son houblon. Et lorsque le projet de nouvelle brasserie a vu le jour il y a une dizaine d’années, on se disait qu’une success story s’ouvrait pour cette PME empreinte de modernité et de traditions.
C’est un Espagnol qui a fait passer un cap à la brasserie en investissant massivement dans du matériel et un nouveau site, tout en diversifiant sa gamme de bières. Seulement voilà : les erreurs se sont accumulées, les mauvais choix stratégiques aussi. Certes, le Covid est arrivé au moment où la brasserie se lançait réellement. Mais l’épidémie ne peut pas tout expliquer de ce fiasco précoce.
Pour parler pragmatiquement, on dira que la brasserie a eu les yeux plus gros que le ventre. Alors qu’elle est un produit typiquement local et qu’elle aurait pu décoller dans notre région si le focus avait été mis sur le marché intérieur — non seulement de Charleroi Métropole, mais également en Wallonie au sens large —, la bière de l’abbaye d’Aulne a vu ses dirigeants se tourner directement vers l’étranger, surtout la Chine, en négligeant, pour ne pas dire en délaissant, les clients potentiels qui étaient pourtant à sa porte et qui, à cette époque, sont friands de produits authentiques et de proximité.
Résultat : avec le Covid notamment, la brasserie s’est vue privée de son quasi unique marché, mais également, dès lors, de revenus pour faire tourner la boutique et grandir de manière cohérente.
Or,il ne faut jamais oublier qu’avec la mondialisation et les produits standardisés qui inondent nos rayons de supermarchés, les clients sont aujourd’hui en quête d’authenticité, de produits locaux, faits près de chez eux et qui les connectent à leur environnement. Consommer local, c’est une manière non seulement de marquer sa volonté de poser des gestes pour l’environnement, mais également d’affirmer son appartenance à une région, à une communauté.
Consommer local, c’est résister à l’anonymisation globalisée de la gastronomie, de l’art et de la culture voulue par les grands groupes internationaux. Et cela, la brasserie de l’abbaye d’Aulne ne l’a pas compris, provoquant ainsi elle-même sa mise en bière.
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