L’opération #frigovide a démarré cette semaine. #frigovide est un mouvement qui réunit des services sociaux, des services d’aide alimentaire et ceux qui en bénéficient pour alerter sur la situation et rappeler que se nourrir est un droit fondamental.
Les mesures de restriction budgétaire touchent tous les domaines d’activité de la société. L’aide alimentaire et toutes les associations qui en ont la charge n’échappent pas à la règle.
Résultat : les stocks de nourriture fondent comme neige au soleil. Certaines ASBL, comme Faim et Froid à Charleroi, tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme : sans soutien financier adéquat, le secteur risque ni plus ni moins que de s’écrouler, laissant ainsi sans ressources alimentaires des milliers de personnes qui, sans cette aide, ne pourront plus se nourrir au quotidien.
Et pas seulement des personnes déjà en grande précarité, d’ailleurs. Aujourd’hui, dans les files qui s’allongent lors des distributions de nourriture, il n’est pas rare de voir des familles dont les deux parents travaillent, des mamans solos qui ont un emploi. Bref, des citoyens lambda qui, il y a peu encore, faisaient partie de ce que l’on appelle la classe moyenne et qui, aujourd’hui, ont basculé dans la pauvreté.
L’insécurité alimentaire en Belgique touche environ 600 000 personnes dépendantes de l’aide alimentaire, avec plus de 10 % des adultes craignant des pénuries. Cette précarité est exacerbée par la pauvreté et l’inflation, qui tirent les prix de l’alimentation vers le haut.
Vu la situation budgétaire, il est clair que tous les secteurs doivent contribuer à l’effort. Cela dit, certains devraient sans doute être préservés afin de garantir la stabilité sociale, mais également économique. Car couper les vivres à l’aide alimentaire, par exemple, c’est prendre le risque de voir toute une frange de la population faire des choix cornéliens.
Certaines familles devront renoncer à se soigner pour pouvoir se nourrir. D’autres commenceront à commettre des actes illégaux pour survivre. Il n’est pas rare d’entendre aujourd’hui des vigiles de grands magasins expliquer que de plus en plus de mamans volent dans les grandes surfaces, notamment du lait pour bébé, parce qu’elles n’ont tout simplement plus les moyens financiers nécessaires.
Et puis, ne plus soutenir l’aide alimentaire, c’est aussi risquer de faire exploser la facture sur le plan de la sécurité sociale. Une mauvaise alimentation, voire une sous-alimentation, entraînera immanquablement des conséquences multiples sur la santé physique, mais également mentale.
Tous les observateurs sont pourtant d’accord : l’aide alimentaire, même s’il s’agit d’un pis-aller, doit continuer à exister. Mais d’autres solutions existent.
La chercheuse française en santé publique Nicole Darmon propose ainsi la création d’une « sécurité sociale de l’alimentation ».
Le principe ressemble à celui des allocations familiales. Une allocation alimentaire – par exemple de 150 euros par mois et par personne – serait versée à l’ensemble de la population. Cette mesure serait financée par une cotisation sociale proportionnelle aux revenus. Ainsi, chacun contribuerait selon ses moyens et recevrait selon ses besoins.
Cette allocation serait utilisable pour des produits et dans des circuits de distribution ayant fait l’objet d’un conventionnement, selon des critères à définir.
Chaque famille aurait ainsi la garantie de pouvoir subvenir, au minimum, à ses besoins alimentaires. Ce qui est bien la moindre des choses dans une société qui a besoin de solidarité comme de pain pour continuer à exister.
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