Cette semaine aura été marquée par les manifestations et les tensions extrêmes autour du vote du décret-programme du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, censé réformer l’enseignement.
Une réforme, il faut le dire, essentiellement guidée par la volonté de faire des économies en opérant des coupes claires, en augmentant le minerval pour plus de la moitié des étudiants dès septembre ou encore en faisant travailler une partie des profs deux heures supplémentaires sans augmentation de salaire. Des mesures qui ont donc suscité plus que de la colère dans le monde enseignant et parmi les élèves, qui se montrent solidaires. Jamais, depuis le début des années 90, un mouvement d’une telle ampleur n’avait marqué le secteur.
Pourquoi cette contestation ?
D’abord parce que les réformes qui s’annoncent auront un effet potentiellement délétère sur le monde enseignant lui-même. Un effet qui risque d’ailleurs d’aller à l’encontre du fameux Pacte pour un enseignement d’excellence, dont le but est quand même d’élever le niveau de l’enseignement en Communauté française.
Et puis, il y a l’accessibilité. Un minerval augmenté de 50 % pour les études supérieures, la fin de la gratuité des cantines scolaires, un prix prohibitif dans les académies : tout cela risque fort d’impacter les franges les plus fragiles de notre société, qui n’auront plus les moyens de donner à leurs enfants les meilleures chances de réussite.
Sans parler, enfin, de la démotivation des profs. La réforme des titres et fonctions, l’augmentation du nombre d’années d’études non compensée financièrement avaient déjà découragé pas mal de candidats. Aujourd’hui, un jeune enseignant sur trois quitte le métier dans les cinq premières années. Autant dire que le décret voté jeudi aura fini d’en dégoûter beaucoup.
La méthode utilisée est-elle aussi en cause ?
Au-delà du décret-programme lui-même, jugé imbuvable par le monde de l’école, la méthode utilisée est également dénoncée et constitue, pour tout dire, un point de bascule en Communauté française, où la concertation a toujours été un pilier.
Dans le cas présent, le gouvernement a avancé en étant aveugle et sourd au monde enseignant, estimant qu’il n’y avait pas le choix et qu’il fallait avancer tel un bulldozer, sans se soucier des potentiels dégâts sur son passage.
Clou dans le cercueil de la culture du compromis qui fait notre marque de fabrique : le Parlement n’a pas respecté les règles en accélérant le vote en séance plénière. Après le passage du décret en commission, il devait s’écouler 84 heures avant le vote, ce qui ne fut pas le cas. Preuve que le gouvernement voulait y aller au forceps, espérant sans doute être quitte de cette séquence vite fait, bien fait.
À voir les manifestations et les piquets qui se poursuivent et qui s’annoncent, pas sûr que cette stratégie éteindra le feu. Bien au contraire, sans doute.
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