Cette semaine, un événement syndical pas comme les autres a eu lieu à Charleroi. La CGSP a organisé un rassemblement pour protester contre les mesures d’austérité voulues par le gouvernement fédéral. Mais ce n’était pas une manif comme les autres.
Au lieu des sempiternels beuglements dans les mégaphones et des slogans hostiles qui sont souvent plus stériles que porteurs, deux actions concrètes ont été menées: d’une part les participants au rassemblement étaient invités à aller donner leur sang pour répondre à la pénurie qui sévit actuellement, et l’autre, un barbecue au profit des restos du coeur, qui souffrent aussi des mesures de l’Arizona en matière de soutien financier.
Pourquoi ces deux actions sont-elles notables?
Parce qu’elles tournent autour d’une notion qui a de plus en plus tendance à disparaître: la solidarité. Loin de nous l’idée de jouer aux vieux nostalgiques en prétendant que tout était mieux avant, mais il faut quand même bien constater que depuis plusieurs année, le repli sur soi, l’individualisme forcené, le Me myself and I comme disent les anglo-saxons, ont pris furieusement le pas sur l’entraide, la compréhension et l’acceptation de l’altérité, et la vision d’un monde partagé au-delà de nos différences sociales, philosophiques ou culturelles.
Les causes de ce racrapotement qui met en valeurs les intérêts individuels au détriment de l’intérêt collectifs sont multiples. D’abord, il y a l’incertitude et l’instabilité du monde dans lequel nous vivons. La peur du lendemain, la fragilité du marché de l’emploi qui entraîne le délitement contrat social, l’angoisse de l’avenir économique. Une société qui ne donne plus guère de perspectives, ni en matière de boulot, ni en matière sociale entraîne automatiquement un quasi-réflexe d’autodéfense, d’instinct de survie qui vise à se protéger soi avant de protéger le groupe.
Le rôle des réseau sociaux dans ce renforcement de l’individualisme est énorme. Et surtout très paradoxal. Les réseaux devraient en effet être une porte grande ouverte sur le monde, sur la compréhension des autres et de l’environnement dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Or c’est tout le contraire qui se passe: les réseaux entraînent précisément le repli sur soi-même. D’abord parce que les relations que nous entretenons à travers eux sont biaisées car elles ne sont directes. Mais aussi et surtout parce que les algorithme nous poussent non pas à à favoriser la multiplicité des points de vue, mais bien à nous enfermer des bulles de certitudes et à nous renforcer dans nos croyances fussent-elles totalement erronées. Les réseaux sont le royaume de l’opinion et non des faits.
Tout cela nous empêche faire de société, de penser aux autres autant qu’à soi, Alors que c’est en se serrant les coudes, en prenant soin les uns des autres que nous pourrons aussi nous épanouir sur le plan individuel.
Recommandations
Edito: L'aide alimentaire, un enjeu social et économique majeur