Cette semaine, l’annonce a fait les grands titres: le site de Caterpillar, abandonné par le géant américain en 2016 en laissant sur le carreau des milliers d’emplois, a enfin trouvé acquéreur. Du moins en partie.
Le groupe flamand Heylen devrait y établir un centre logistique et un zoning de PME intitulé Chrysalide 21, référence, bien sûr, à Caterpillar, la chenille en anglais.
A priori, une excellente nouvelle pour Charleroi. Parce que le fait que ce soit précisément un groupe flamand qui manifeste son intérêt n’est pas anodin : c’est la preuve que la Wallonie, et singulièrement Charleroi, reste une terre économique attractive, notamment parce que les terrains se font de plus en plus rares au nord du pays pour développer l’industrie, tandis que les milliers de mètres carrés wallons sont encore légion.
Et puis ne boudons pas notre plaisir : l’arrivée de Heylen devrait également créer entre 1 000 et 1 500 emplois dans notre région, plus habituée ces dernières années à la destruction d’emplois. Même si, en novlangue ultralibérale, comme le dit cyniquement le patron de Proximus : « On ne détruit pas des emplois, on les reconstitue avec moins de personnes ».
Mais peut-on se réjouir sans modération?
C’est là qu’est l’os, aurait dit Bourvil dans La Grande Vadrouille. Car l’annonce, qui était attendue comme le Messie, doit être largement relativisée.
D’abord parce que le groupe Heylen a marqué son intention ferme, sans plus. La promesse de vente n’a visiblement pas encore été signée. Et puis on notera au passage qu’il s’agit d’une reprise partielle du site, puisque Chrysalide 21 reprendra, bon an mal an, un gros tiers de la surface désertée par Caterpillar.
La partie qui, selon le plan des autorités wallonnes et carolos, devrait devenir une zone de loisirs n’a toujours pas trouvé acquéreur, même si l’on sait que Dupuis est sur le coup pour y établir potentiellement un parc d’attractions Spirou. Quant à la dernière partie, qui pourrait abriter une initiative semi-industrielle, c’est pour l’heure silence radio.
Il faut donc rester prudent sur l’avenir global du site. Car comme on dit à Charleroi, faut être pris pour être appris. Et en ce qui concerne la reconversion du site de Caterpillar, l’adage n’a jamais été aussi pertinent, tant les déceptions se sont multipliées au rythme des annonces avec paillettes et tout le toutim.
Souvenez-vous de Pierre-Yves Jeholet et de Paul Magnette, excités comme des puces au volant de la future petite Chloé, voiture électrique de la marque chinoise Thunder Power, qui devait faire de Caterpillar le nouvel eldorado automobile. On n’en a jamais vu un pneu.
Et doit-on rappeler Willy Borsus, alors ministre-président wallon, heureux comme un gamin en annonçant l’arrivée de Legoland, dont on n’apercevra jamais l’ombre d’une brique ?
Alors on nous excusera, au regard de l’annonce faite cette semaine, de ne pas danser la carioca ni plonger d’allégresse dans un bain de félicité. Parce qu’à Charleroi, les prometeu de bondjoû, on sait ce que c’est…
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