L’Union des Villes et Communes de Wallonie tire la sonnette d’alarme quant à la situation financière des neuf grandes villes wallonnes qui, à elles seules, représentent actuellement 88 % du déficit cumulé de l’ensemble des communes wallonnes.
Une situation d’autant plus inquiétante, notamment pour Charleroi, que le plan Oxygène, qui permet aux communes d’emprunter à la Région sans intérêt en échange d’un plan d’économies drastiques, prendra fin en 2027. Après cette date, c’est le grand flou. Et le risque de faillite deviendra réel.
Le problème est essentiellement dû au fait que les villes assurent non seulement des services pour les communes de leur périphérie, sans compensation financière adéquate, mais aussi qu’elles supportent des charges qui, théoriquement, devraient être assumées par d’autres niveaux de pouvoir et qui, là non plus, ne sont pas compensées à leur juste mesure. On pense par exemple aux pensions, aux zones de police ou encore aux CPAS, dont la charge est devenue virtuellement insupportable depuis la limitation des allocations de chômage à deux ans, qui envoie des milliers de personnes vers les CPAS.
L’Union des Villes et Communes est donc bien consciente de la gravité du problème et avance plusieurs pistes : une taxe sur les logements inoccupés, une vignette routière et, tout de même, un refinancement des grandes villes. Le souci, bien sûr, c’est que ce refinancement, qui devrait venir d’autres entités institutionnelles, en l’occurrence la Wallonie et le fédéral, est plus qu’aléatoire. Car l’État et la Région sont eux-mêmes confrontés à des situations financières extrêmement compliquées. Le gouvernement wallon a annoncé il y a quelques semaines que les économies déjà engagées ne suffiraient pas. Et le Bureau du Plan ainsi que la Banque nationale ont expliqué cette semaine que, pour limiter la casse et réduire le risque de dérapage incontrôlé, la Belgique devrait réaliser 14 milliards d’euros d’économies d’ici 2030. Autant dire que les soucis des communes ne sont vraiment pas la priorité…
Alors, une fusion des communes peut-elle être une piste ?
Oui et non. Cette semaine, le ministre-président wallon Adrien Dolimont plaidait dans la presse pour une fusion obligatoire de certaines communes afin de permettre des économies à plus grande échelle. À l’inverse, Thomas Dermine, le bourgmestre de Charleroi, plaide pour davantage de synergies, de mises en commun, de partages de tâches et de dépenses entre communes, mais sans pour autant les fusionner. Et l’argument se tient : fusionner des communes, c’est certes leur donner une taille critique appréciable, mais c’est aussi éloigner le citoyen de son institution de référence directe. En clair, c’est moins de proximité et donc moins de service public. La fusion des zones de police le montre d’ailleurs déjà à l’envi.
Dans notre région, les bourgmestres ne s’y trompent pas : quel que soit leur parti, tous sont d’accord pour intensifier le travail en commun ; très peu sont favorables à une fusion pure et simple. Tous veulent préserver le lien avec leur population. Et tous n’ont aucune envie de se faire absorber par une autre commune, au risque de devoir abandonner un poste de bourgmestre qui, pour certains, représente un véritable marchepied politique.
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