Le ministre-président Adrien Dolimont, et 3 de ses ministres ont adressé un courrier à Bart De Wever, lui demandant de revoir sa copie sur la fiscalité aéroportuaire. Les pertes annoncées à Charleroi s’annoncent déjà particulièrement lourdes.
Quatre ministres wallons – le ministre-président, ses deux vice-présidents et la ministre des Aéroports – ont envoyé un courrier au Premier ministre Bart De Wever, en réaction à l’augmentation de la taxe fédérale sur l’embarquement.
Le mois dernier, le patron de Ryanair, Michael O’Leary, menaçait de retirer des avions à Charleroi et à Bruxelles. À Charleroi, la Ville a jusqu’à fin mars pour supprimer sa taxe sur les passagers. Sans quoi la compagnie aérienne mettra ses menaces à exécution et retirera une vingtaine de destinations à la fin de cette année.
Au niveau fédéral, Michael O’Leary devrait passer à l’acte en septembre en supprimant 1,1 million de sièges supplémentaires en 2027.
Refus de la taxe Carolo sur l'aéroport
En réaction à cette double taxation, le Gouvernement wallon a d'abord refusé la taxe de 3 euros par passager prévue par la Ville de Charleroi avant de se trouner vers le fédéral. Le budget de la Ville a été corrigé par la région et, afin d’en garantir l’équilibre, la Ville devra donc puiser dans ses provisions. Il fallait en effet combler un trou de 12 à 13 millions d'euros suite à la perte des 15 millions d'euros que devait rapporter la taxe sur l'aéroport.
Un coup dur pour Charleroi, qui comptait aussi sur cette taxe pour redonner vie à un budget déjà sous forte pression, notamment en raison du plan Oxygène, lequel devra par ailleurs être repensé à l’horizon 2027.
"Après une instruction approfondie, le Gouvernement wallon a jugé que cette taxe menaçait l’intérêt général de la Région, en règle générale, et la viabilité financière de l’aéroport de Charleroi, en particulier. Si elle était appliquée, l’aéroport plongerait, selon ses prédictions, dans un déficit mettant en péril sa capacité à poursuivre ses activités."
De son côté, la Ville de Charleroi justifiait sa taxe en s’appuyant principalement sur les résultats financiers 2024 de l’aéroport reposant principalement sur un effet de reprise post-crise encore marqué. Des chiffres qui selon la Région wallonne ne peuvent être considérés comme représentatifs d’une situation normale. La taxe instaurée reposant sur le chiffre d’affaires, et non sur le bénéfice net.
Pour le Gouvernement wallon : « La Région avait prévenu : multiplier les taxes sur un outil stratégique, c’était prendre le risque de fragiliser l’emploi et l’activité économique à Charleroi et en Wallonie." La décision du Gouvernement wallon est également motivée par sa volonté de renforcer l'autonomie des sociétés de gestion et de diminuer leur dépendance aux subsides.
De son côté, la Ville se prépare désormais à la riposte.
Un courrier au Premier Ministre pour plus de concertation
Au niveau fédéral, c’est sur la trajectoire catastrophiste imposée par Michael O'Leary que les membres du gouvernement se sont focalisés, pour interpeller le Premier ministre, arguant que la forte hausse des taxes aura un impact négatif sur les intérêts de la Wallonie et sur son autonomie de gestion.
"Sur la base des informations parues, nous relevons que la taxe fédérale d'embarquement initialement de 2 Euros par passager a augmenté, en juillet 2025, à 5 Euros mais surtout que le Gouvernement fédéral envisage de la porter à 10 Euros en 2027, soit en 6 mois une multiplication par cinq de cette taxe dont la hausse se poursuivra encore en 2028 (10,5€) et en 2029 (11€). Nous regrettons qu'aucune concertation avec la Région wallonne n'ait été menée avant l'annonce d'une telle décision guidée par la seule préoccupation d'augmenter les recettes fédérales au détriment des intérêts économiques et stratégiques de la Wallonie. Nous y voyons là une atteinte à notre autonomie de gestion des politiques exercées par les Régions."
Les ministres insistent sur "les conséquences négatives d'une telle annonce sur notre territoire qui accueille deux outils aéroportuaires majeurs dont celui de Charleroi dont les activités concernent le transport de passagers. Cet aéroport constitue pour la Wallonie un secteur pourvoyeur d'emplois aux multiples retombées économiques et qui plus est, dans une zone territoriale plus fragilisée."
Cela fait en effet vingt ans que la Wallonie investit dans BSCA. Un choix stratégique d’investissements publics visant à rendre l’aéroport accessible au plus grand nombre et qui draine à présent plusieurs millions de passagers par an. La note de politique régionale du gouvernement Dolimont prévoit notamment de s’appuyer sur les aéroports wallons et d’en faire des moteurs de développement économique.
L’impact de la nouvelle taxe fédérale en termes d’emploi est chiffré :
1.100 emplois directs et indirects
plus de 150 emplois à BSCA
une perte estimée à plus de 95 millions d’euros par an de retombées économiques et touristiques
"De plus, nous attirons votre attention sur le caractère discriminatoire et disproportionné, pour l'aéroport de Charleroi, d'une taxe forfaitaire identique non seulement aux différents aéroports dont le modèle économique n'est pas similaire mais aussi aux types de vols. Qu'il s'agisse de vols longs ou courts courriers et pour une même destination d'un prix moyen d'un billet allant du simple ou double selon que le départ s'effectue à Charleroi ou à Bruxelles, le montant de la taxe s'applique de la même manière, ce qui se traduit indéniablement et proportionnellement par une pression fiscale plus élevée pour l'aéroport de Charleroi."
Les ministres rappellent enfin à Bart De Wever que, même si les différentes entités du pays sont confrontées aux mêmes enjeux budgétaires et que chacune des régions doit prendre ses responsabilités, qui plus est collectivement, "il n'est cependant pas concevable que ces efforts impactent davantage une Région plutôt qu'une autre, et surtout qu'une décision prise par l'Etat fédéral restreigne une entité fédérée dans son développement économique."
Les ministres wallons se disent enfin ouverts à la discussion afin de trouver une solution équilibrée qui convienne à tous. Un appel du pied au Premier ministre pour garantir la liberté d’investissement et de décision de la Région sur son propre territoire.
Sur le même sujet
Recommandations
Taxe carolo sur BSCA: l'aéroport salue la décision, mais s'inquiète aussi de la taxe fédérale
Le gouvernement wallon dit non à la taxe sur l’aéroport carolo
Contribution à l’aéroport : Charleroi réaffirme sa position et interpelle le Ministre-Président
La taxe de 3 euros imaginée à Charleroi ne vise pas Ryanair, selon Thomas Dermine
Ryanair va réduire fortement son offre à Bruxelles et Charleroi après de nouvelles taxes
Aéroport de Charleroi : 15 millions d’euros en jeu avec la future taxe
La Ville de Charleroi taxera l’aéroport dès 2026 : une recette estimée à 15 millions par an